Les réactions internationales à l’attaque d’Israël et des États-Unis contre l’Iran sont intéressantes. Tandis qu’un journal comme le New York Post écrit que la mort de l’ayatollah Khamenei ferait aussitôt du monde un « meilleur endroit », les coprésidents de l’Alternative pour l’Allemagne, Alice Weidel et Tino Chrupalla, qui ont par ailleurs déjà exprimé une certaine sympathie pour le président américain Donald Trump, avertissent qu’ils prennent acte de ces attaques avec une « grande inquiétude ».
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« Nous appelons toutes les parties belligérantes à la plus grande retenue », poursuivent-ils. « La population civile et les infrastructures civiles doivent être protégées. Le droit international ainsi que le droit international humanitaire doivent être pleinement respectés. »
On remarque également, y compris dans les prises de position d’autres pays comme la Suisse, que ceux qui, dans la guerre en Ukraine, dénoncent une violation du droit international par la Russie, se réjouissent aujourd’hui parfois bruyamment lorsque les États-Unis et Israël, sans légitimation au regard du droit international, visent un changement de régime en Iran. Inversement, ceux qui hier préféraient fermer les yeux invoquent aujourd’hui le droit international.
Les justifications des attaques se ressemblent d’ailleurs ici comme là-bas: on parle volontiers, dans de tels contextes, de « défense préventive », un argument que les nationaux-socialistes avaient déjà avancé historiquement lorsqu’ils ont envahi l’Union soviétique en juin 1941.
Avec le droit international, c’est toute une histoire: parfois il vous arrange, parfois non. Les terroristes et les dictateurs s’y réfèrent volontiers lorsqu’il leur convient, tout comme les États démocratiques. Le droit international peut être un épouvantail, il peut saper la souveraineté nationale et, en raison d’un usage inflationniste, nuire à la démocratie, mais il peut aussi représenter un dernier bastion de civilisation qui protège de la guerre de tous contre tous.
Ce débat est recouvert par la théorie de la « guerre juste », qui joue également un grand rôle dans l’histoire du droit et de la philosophie politique.
Cette question se pose à nouveau aujourd’hui: est-il juste de bombarder un régime comme celui des mollahs, qui a la mort de milliers, de dizaines de milliers de ses propres citoyens sur la conscience? Ou bien franchit-on ici une limite qui conduit à des guerres toujours nouvelles et ne fait que cimenter le droit du plus fort? Sans parler des « guerres saintes » qui tirent leur légitimation de considérations métaphysiques. On le sait: le héros de la liberté de l’un est le terroriste de l’autre.
Et pourquoi, pourrait-on encore demander, les États-Unis interviennent-ils alors seulement en Iran, et par exemple pas dans des pays d’Afrique où sévissent des gouvernements tout aussi sanguinaires? Parce qu’il n’y est pas question de pétrole et d’argent? Ou bien s’agit-il déjà là d’une pique polémique antiaméricaine? Trump n’a-t-il pas déclaré qu’il viendrait en aide au peuple iranien opprimé, matraqué, abattu? N’est-ce pas aussi un motif à prendre au sérieux?
Des questions et encore des questions. Le monde n’est pas noir et blanc. Entre les mains des hommes, tout peut basculer vers le bien ou vers le mal. Le droit peut se transformer en injustice, et de l’injustice peut peut-être naître un nouveau droit. Nous sommes guidés par la sympathie et l’antipathie, par les jugements, les préjugés, les croyances et les intérêts. Tout peut être rationalisé, même le diable a ses raisons. Amen.