Laisser faire! Lors de sa (troisième) visite à la Maison-Blanche ces jours-ci, le chancelier Friedrich Merz (CDU) a visiblement pu consolider son statut de « meilleur ami » européen du président américain Donald Trump. La méthode: laisser Trump parler, utiliser les quelques bribes de temps de parole accordées à l’invité par politesse pour placer quelques mots-clés personnels, et pour le reste assister, détendu et adossé au fauteuil, au Trump-show dans le Bureau ovale.
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Aussi mince et peu offensive que cette tactique puisse paraître, elle est d’une grande importance pour le chancelier en cette période. En tant que chef du gouvernement allemand, il se tient, par « raison d’État », aux côtés d’Israël et doit avoir un vif intérêt à ce que l’Amérique se tienne de toutes ses forces (et par la force) aux côtés de Benyamin Netanyahou. Du point de vue allemand – et, espérons-le, aussi du reste du monde occidental –, Israël ne doit pas perdre. L’Allemagne ne peut militairement rien apporter à l’élimination du régime des mollahs et a donc intérêt à ce que les Américains et Israël fassent le travail.
Par le passé, c’est justement l’Allemagne qui a bien profité de relations commerciales intactes avec l’Iran. Un changement de régime à Téhéran pourrait donc aussi être intéressant, sur le plan économique, pour Merz et son gouvernement. Dans le même temps, Merz s’inquiète toutefois de ce que Trump laisse complètement à lui-même, ainsi que les Européens, face au conflit ukrainien, qui submerge déjà économiquement, financièrement et militairement l’alliance européenne des « volontaires ».
Merz se tient actuellement fermement aux côtés d’Israël, ce qui tient aussi au fait que la suspension des livraisons d’armes dans le cadre du conflit à Gaza a suscité de vives critiques à son égard au sein de l’Union. Merz a besoin de Trump pour mettre fin à la guerre en Ukraine et se montre donc plus que diplomate à l’égard des États-Unis. Il n’a même pas défendu le partenaire européen qu’est l’Espagne lorsque Trump l’a publiquement rabaissée en raison de son refus de mettre des bases à la disposition des troupes américaines.
Le plus gros problème pour Merz reste toutefois les prix de l’énergie, qui ne tourmentent pas seulement les automobilistes en Allemagne en ce moment, mais menacent aussi d’étouffer les derniers restes de conjoncture sur lesquels Merz et son gouvernement avaient fondé leurs espoirs. Toute réaction de l’État devrait soit s’accompagner de coupes brutales dans la politique climatique, soit d’une réforme fondamentale de l’État au format tronçonneuse, si l’on ne veut pas creuser de nouveaux trous. Deux éléments s’opposent toutefois à l’utilisation de la pression des prix pour de véritables réformes: le partenaire de coalition SPD et l’affaissement programmatique et personnel de l’Union elle-même.
Merz a donc un vif intérêt à ce que le conflit avec l’Iran soit réglé le plus rapidement possible par un changement de régime à Téhéran, afin que son économie nationale et la base énergétique allemande ne lui explosent pas au visage.
Le conflit iranien a toutefois un seul effet positif pour le chancelier: le principal parti d’opposition, l’AfD, est en train de se déchirer, de manière visible dans les sondages, également à cause de la querelle sur la manière de traiter les États-Unis, Israël et ce conflit. L’Union se situe actuellement de nouveau à son dernier score électoral (28 %), tandis que l’AfD (23 %) a nettement reculé. Merz ne peut évidemment pas se reposer sur cet effet.