Le poison de la guerre en Ukraine agit aussi là où aucune bombe ne tombe, à Berne fédérale. Le ministre de la Défense, à l'écoute de l'OTAN, s'est laissé alerter par cette alliance. Lui et ses généraux se font un plaisir de reprendre le récit selon lequel la Russie serait capable d'attaquer le nord-est de l'Europe à partir de 2028 ou 2029. Cette histoire inclut également des attaques hybrides renforcées contre des États européens. Partout en Europe, on signale de plus en plus de drones non identifiés au-dessus de bases militaires, de centrales nucléaires, d'aéroports, etc., ce qui indiquerait une guerre hybride de la Russie, c'est du moins ce que prétendent les experts militaires.
© KEYSTONE / ANTHONY ANEX
Soit dit en passant, ce sont les mêmes stratèges qui n'ont pas été en mesure de prévoir la campagne de la Russie contre l'Ukraine en février 2022, bien que Poutine ait averti à plusieurs reprises que la Russie ne tolérerait pas un rapprochement de l'Ukraine avec l'UE ou l'OTAN. Et maintenant, ils veulent savoir que Poutine veut s'étendre vers l'ouest?
Désolé, cette date n'est pas crédible.
Cette alarmisme ressemble plus à une astuce d'une audace presque unique pour entraîner toute l'Europe de l'Ouest dans une course aux armements et une guerre contre la Russie. Il est très regrettable que le nouveau ministre suisse de la Défense, Martin Pfister, un citoyen fédéral simple, se soit laissé entraîner dans cette propagande guerrière. La Suisse ne penche pas vers les conflits en raison de sa neutralité armée perpétuelle et ne devrait donc pas s'immiscer dans les différends étrangers.
Nous avons dévié de ce chemin depuis le début de la guerre en Ukraine. Nous avons soutenu des sanctions contre la Russie et nous nous sommes ainsi rangés du côté de l'alliance militaire de l'Europe de l'Ouest. Sous la pression des États de l'OTAN, nous avons assoupli nos règles sur l'exportation de matériel de guerre. Sommes-nous maintenant sur le point de renforcer notre défense en ligne avec l'OTAN, comme si nous appartenions à cette alliance guerrière?
Il est indéniable qu'un rattrapage considérable est nécessaire en matière d'investissements dans notre armée et la sécurité nationale. Mais cela doit-il être rattrapé maintenant dans un exercice précipité et à une échelle qui dépasse largement ce qui était initialement prévu? Et cela en demandant aux citoyens de payer comme si nous étions en guerre.
Il est peut-être bon de rappeler que nous ne sommes pas menacés par la Russie, même si le ministre de la Défense Pfister agit presque comme s'il y avait déjà des chars russes à la frontière.