Est-ce la fin du FDP? 145 000 électeurs sont passés du FDP à la CDU. 65 000 autres à l’AfD. 10 000 aux Verts. Les libéraux ont perdu leur clientèle au profit de presque tous leurs voisins politiques. Ils se sentent comme le patron de ce bistrot de coin: il n’y a jamais eu foule, mais maintenant même les habitués préfèrent aller chez l’Italien, au snack kebab ou chez le vegan d’à côté. Pour le parti, c’est une expérience de mort imminente: le libéralisme ne paie plus. La liberté a fait son temps. L’autodétermination n’a de toute façon été qu’un malentendu de l’histoire.
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Mais avant de commander la couronne mortuaire, il vaut la peine de regarder le véritable message de ces transferts de voix. Il ne dit pas que la liberté est devenue superflue. Il dit plutôt: la liberté est fatigante. La liberté signifie en effet responsabilité. Prendre des décisions. Assumer des risques. Penser par soi-même. Tout cela sont des activités qui, dans un pays qui fait tamponner ses formulaires en triple exemplaire et grille ses saucisses selon une norme DIN, ne sont naturellement pas particulièrement populaires. L’électeur allemand moyen a un autre besoin politique fondamental: S’il vous plaît, occupez-vous de ça pour moi.
Quiconque pense ainsi et attend finit par glisser vers un État qui commence par tout régler, puis finit par tout décider. Au plus tard à ce moment-là, le pendule basculera: car la liberté et l’autodétermination font certainement partie des rares principes politiques qui reviennent toujours.
La résurrection du FDP suppose toutefois aussi des personnalités qui incarnent sa position. Les partis aiment prétendre que ce sont leurs programmes qui convainquent, mais en réalité, à la fin, ce sont toujours les personnes qui sont élues. Ce qui manque au FDP, c’est une figure charismatique. Il lui manque un entrepreneur politique de la liberté. Actuellement, il ou elle sommeille probablement là où se situe la part de voix du FDP: dans la zone invisible.