L'ancien conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann (FDP) met en garde dans un commentaire invité de la NZZ que la Suisse mettra en jeu son indépendance politique avec les Bilaterales III prévues.
Le nouvel ensemble d'accords contient « des éléments institutionnels qui vont trop loin politiquement et théoriquement démocratiquement ». La Suisse recevrait « trop peu pour de telles concessions importantes à l'UE ».
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Schneider-Ammann souligne que les accords bilatéraux précédents se sont avérés bénéfiques pour les deux parties. Mais avec les Bilaterales III, « la relation serait inversée »: au lieu de décider elle-même d'adopter le droit de l'UE, la Suisse devrait « automatiquement transposer de nouvelles dispositions dans le droit national ».
Cela mènerait à un « mini-EEE » et signifierait un « changement de système ». La Suisse s'attacherait ainsi « contractuellement à un processus de formation du droit où elle n'a pas de mot à dire ».
L'ancien conseiller fédéral voit particulièrement d'un œil critique la procédure de règlement des différends, où la Cour de justice de l'Union européenne aurait en fin de compte le dernier mot. « Ce n'est pas une bagatelle juridique, mais un déplacement structurel de l'autorité juridique », écrit Schneider-Ammann. La possibilité de sanctions en cas de refus de l'adoption dynamique du droit rendrait également le droit de référendum « plus que vulnérable ».
Schneider-Ammann déplore en outre que la Suisse ne reçoive « aucune véritable valeur ajoutée ». L'UE se contenterait de retirer ses anciennes sanctions, tandis que de nouveaux accords, par exemple dans les domaines de l'électricité ou de la santé, apporteraient « plus de contraintes que d'avantages ». En des temps géopolitiquement incertains, la « liberté d'action de la Suisse est essentielle ».
À long terme, le paquet menacerait des éléments centraux du modèle de réussite suisse: le fédéralisme, la subsidiarité, la démocratie directe et la liberté entrepreneuriale. « Avec les Bilaterales III actuellement proposées, la Suisse prendrait une direction contraire: plus de centralisme, moins de fédéralisme et de subsidiarité », avertit Schneider-Ammann.
La tranquillité politique dans la relation avec l'Europe est « insuffisante pour justifier ces coûts ». La Suisse ne doit « pas suivre la voie de la moindre résistance », mais doit avoir le courage de défendre son indépendance.