Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a parlé franchement: « Tant que les Palestiniens vivent dans des camps de réfugiés, ils souhaitent retourner dans leur patrie. » Puis il a continué: « En soutenant l'UNRWA, nous maintenons le conflit en vie. » C'était en 2018, peu après son élection au Conseil fédéral.
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Depuis lors, l'attitude de Cassis envers l'« UN Relief and Works Agency » (UNRWA) a remarquablement et radicalement changé. Alors qu'il qualifiait le soutien à l'organisation humanitaire de l'ONU de « logique perverse » il y a sept ans, il suit aujourd'hui une ligne diamétralement opposée: il a ordonné la semaine dernière à la délégation suisse auprès de l'ONU à New York de soutenir la prolongation du mandat de l'UNRWA de trois ans supplémentaires. Après que le DFAE a réduit les contributions à l'organisation d'aide aux réfugiés, il serait logique de s'abstenir au moins de voter.
Mais la Suisse s'inscrit ainsi dans le rang des États qui exigent des réformes, mais qui entre-temps veulent assurer la pérennité de l'organisation. C'est apparemment la logique à laquelle Cassis ne peut pas échapper aujourd'hui. Pourtant, la meilleure réforme consisterait à abolir enfin l'UNRWA. Elle perpétue le statut de réfugié des Palestiniens et fait d'eux des réfugiés éternels.
« Logique perverse » ou non: en mai, le Conseil fédéral a approuvé dix millions de francs pour les programmes de l'UNRWA en Jordanie, au Liban et en Syrie, ainsi qu'un million supplémentaire « pour renforcer la neutralité de l'UNRWA », comme le précise le DFAE. Le Conseil fédéral décidera « à une date ultérieure » de toute autre contribution à l'UNRWA.
Ce qui est certain pour le moment, c'est que pour promouvoir la « stabilité régionale » et contrer l'urgence humanitaire, la Suisse a transféré depuis octobre 2023 – c'est-à-dire depuis le début de la guerre de Gaza – 150 millions au Moyen-Orient. Un coup d'œil aux différentes lignes de dépenses montre toutefois qu'ils sont distribués selon le principe de l'arrosoir: ici quelques millions, là quelques centaines de milliers. Avec de petites et très petites contributions, le DFAE perd la chance d'avoir de l'influence en concentrant les ressources.
La politique de soutien de la Suisse au Moyen-Orient ressemble à un mélange d'activisme moral et d'automatisme politique. Partout, des projets sont éparpillés – de petites sommes, présentées en grand –, mais sans priorités claires, sans impact visible, sans influence sérieuse sur les structures politiques.
L'Autorité palestinienne – politiquement bloquée depuis des années, intérieurement divisée et dénuée de mandat démocratique depuis longtemps – reçoit cinq millions de francs de la Suisse. Le montant est acheminé par le biais d'un mécanisme financier européen, comme s'il était possible de financer la gouvernance par l'argent là où sur place, elle ne fonctionne plus ni ne jouit de la confiance.
En bref: le DFAE ne pratique pas de politique au Moyen-Orient. Il se réfugie dans l'illusion qu'avec des projets marginaux dans un environnement profondément politisé, il peut intervenir de manière directive.
Cet écart devient particulièrement visible dans la construction de mini-terrains de football sur lesquels la Suisse s'est initialement engagée avec précisément 120 000 francs. Le DFAE les présente comme un projet de promotion des infrastructures et de la paix. Dans une zone de guerre, où les structures politiques fondamentales s'effondrent, cela ressemble plutôt à une politique symbolique cynique et frôle la satire de la réalité.
Parallèlement, Berne s’oriente étroitement vers Washington. La Suisse est « en contact » avec les principaux négociateurs américains, c'est-à-dire ceux qui définissent le plan pour Gaza selon leur propre intérêt. Le DFAE déguise cette dépendance sous le nom de « coordination ». En réalité, on constate que la politique moyen-orientale de la Suisse ne génère guère d'impulsions propres, mais s'aligne sur l'agenda géopolitique des États-Unis – sans le déclarer ouvertement.