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Lars Klingbeil n’est pas Gerhard Schröder: pourquoi le chef du SPD n’a pas compris les problèmes de l’Allemagne

Le chef du SPD, Lars Klingbeil, peut s’imaginer des réformes et le Berlin politique est en émoi d’enthousiasme. Le ministre de la Chancellerie Thorsten Frei (CDU) estime « qu’il y a là beaucoup d’approches positives sur lesquelles on peut s’appuyer ». Des commentateurs du studio principal de l’ARD à Berlin écrivent: « Pour son discours sur les réformes, le vice-chancelier Klingbeil récolte des louanges. À juste titre. Car l’Allemagne souffre de l’immobilisme. Des nonistes comme le chef de la CSU, Söder, freinent. Il faut maintenant de la vitesse – et un discours de sursaut du chancelier fédéral. »

KAY NIETFELD / KEYSTONE
Lars Klingbeil und Bärbel Bas an einer Pressekonferenz im Willy-Brandt-Haus.
KAY NIETFELD / KEYSTONE

Et le Stern voit même Klingbeil marcher sur les traces de son mentor au SPD, Gerhard Schröder: « Lars Klingbeil dit enfin ce qu’il pense depuis longtemps. Et il s’approprie le pouvoir programmatique au sein du SPD. C’est un mini-moment Schröder. »

En réalité, « mini » est plus qu’exagéré. Avec les réformes Hartz de Gerhard Schröder, qui ont procuré à l’Allemagne au moins dix ans de croissance, le discours du vice-chancelier Lars Klingbeil devant la fondation Bertelsmann mercredi n’a tout au plus quelque chose de « micro » à voir. Schröder a abaissé le taux d’imposition maximal de 53 % à 42 %, Klingbeil veut revenir en arrière et augmenter le taux d’imposition maximal.

Les réformes Hartz de Schröder ont activé les chômeurs et le marché du travail. Avec les « mini-jobs » et les « entreprises individuelles » (Ich-AG), on a créé des instruments par lesquels on subventionnait le travail au lieu de financer l’inactivité. Schröder avait compris que, dans une crise conjoncturelle, la monnaie aurait normalement dû être dévaluée pour rendre le pays à nouveau compétitif. Comme cela n’est pas possible au sein de l’euro, il a rendu le travail moins cher.

Klingbeil, en revanche, a manifestement envoyé des stagiaires de la Willy-Brandt-Haus aux archives pour ressortir de vieux serpents de mer réformistes du SPD: suppression du quotient conjugal afin de faire venir enfin les dernières mères de famille élevant des enfants à l’établi. Alléger l’impôt sur le revenu en bas et l’augmenter en haut (« Je suis fermement convaincu que les hauts revenus et les gros patrimoines devraient y contribuer. »). Impôt sur les successions, « ponction » des bénéfices, plafonnement des prix, une « société nationale de construction de logements » dans la plus pure tradition socialiste, droits de douane à la Trump et « obligation de coentreprise » comme en Chine.

Le tout gentiment agrémenté d’un flou sur la réduction de la bureaucratie (qui pourrait être contre!), du vœu pieux de « leadership technologique » et bien sûr de « patriotisme de site », comme si les entrepreneurs investissaient par attachement aux beaux paysages et non par attente de rendement.

En substance, Klingbeil propose le contraire de Schröder et en est félicité. Devise: l’essentiel, ce sont des réformes. Leur pertinence importe peu! Aucune de ces idées n’envoie le moindre signal significatif pour la conjoncture en Allemagne.

Alors que Schröder mettait les gens au travail et réduisait ainsi les coûts sociaux, Klingbeil veut simplement trouver de nouvelles sources de financement pour pouvoir continuer à payer les coûteuses rigidités structurelles. On pourrait, de manière malveillante, dire que Klingbeil n’a tout simplement pas compris le problème. La croissance économique est stimulée par des perspectives de profit, par une énergie bon marché, des impôts faibles et de bons travailleurs qualifiés. De ces derniers, l’Allemagne dispose encore. Ils sont actuellement licenciés par milliers. Seul le reste ne fonctionne pas.

Que l’Union, pour des raisons tactiques et d’ambiance, commence par louer le discours de Klingbeil afin de créer une bonne atmosphère est encore ce qui se comprend le mieux, selon la devise: laissons-le d’abord parler. Ce qui en sortira réellement, nous devrons encore en rediscuter.

Que des commentateurs s’extasient lorsqu’un chef de parti de gauche propose des réformes de gauche et considèrent cela comme la solution à la misère allemande est en revanche plutôt déroutant. Même si l’on ne considère pas le système social allemand comme réformable – concrètement: à alléger –, il n’est pas nécessaire d’être un économiste de haut niveau pour savoir que seule une économie en croissance génère les recettes fiscales nécessaires pour pouvoir le financer.

L’enthousiasme acritique pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à une réforme, quelle qu’en soit la direction, est malheureusement un indice qu’aujourd’hui, dans le fonctionnement politique, il ne s’agit souvent plus de juste ou de faux, mais seulement du fait que chacun retrouve quelques tirets de son agenda, même si les effets devaient se neutraliser mutuellement. Le « non » du chef de la CSU, Markus Söder, est au moins aussi réflexe que les applaudissements pour Klingbeil.

Pour être clair: c’est l’Union qui a plus de dix points de pourcentage d’avance sur son partenaire de coalition, le SPD. C’est l’Union dont l’aile économique a les bonnes analyses. Et c’est donc aussi la responsabilité de l’Union de mettre en œuvre les bonnes réformes et de ne pas laisser le pays poursuivre sa descente avec un salmigondis noir-rouge, les épaules haussées.

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