Il a intitulé sa toute dernière chronique dans la Sonntagszeitung: « La neutralité reste notre contribution au monde ». Il craint qu’en cas de rejet éventuel de l’initiative sur la neutralité, un dommage total ne survienne, susceptible de ruiner durablement la neutralité de ce pays.
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Certes, Somm est un adversaire de l’initiative sur la neutralité, par crainte qu’une description trop détaillée de cette maxime d’État dans la Constitution fédérale ne lui nuise. À juste titre, il souligne que les conseillers fédéraux ont, par le passé, géré la neutralité avec une certaine habileté, parce qu’ils y croyaient.
Si même le contre-projet ne trouve plus de majorité au Parlement, selon lequel la neutralité suisse serait « permanente » et « armée », on peut imaginer avec quel sérieux la gauche et les partis du centre jusqu’au PLR prennent encore notre neutralité.
Les propos de Markus Somm sont toutefois remarquables en ce qu’il parle des « sanctions à peine neutres contre la Russie ». Comme on le sait, l’éditeur du Nebelspalter ne nourrit aucune sympathie pour le régime russe. Somm poursuit ensuite littéralement: « Je considère néanmoins que les sanctions contre Poutine, que la Suisse a décidées à l’époque sous la pression des États-Unis, sont erronées. Pourquoi? Parce qu’il s’est d’abord avéré qu’on ne peut pas vaincre Poutine de cette manière, et parce que la Suisse a ensuite mis en jeu sans nécessité sa longue tradition de neutralité. Enfin, cette décision a déclenché dans notre pays une confusion générale. »
La rupture du Conseil fédéral avec la politique de neutralité en mars 2022 a également provoqué une certaine confusion chez Markus Somm. Dans le Nebelspalter, il écrivait le 22 août 2022: « Il va de soi que la Suisse a entamé sa neutralité lorsque le Conseil fédéral a décidé de reprendre les sanctions de l’UE – et donc des États-Unis et de tout l’Occident. […] La Suisse n’avait pas le choix. […] Nous ne l’avons pas accepté par frivolité ou par faiblesse, mais parce que nous ne pouvions pas faire autrement. »
Et maintenant? Apparemment, Somm soutenait alors la rupture de la neutralité, « parce que nous ne pouvions pas faire autrement ». Notre pays n’aurait tout simplement « pas eu le choix ». Aujourd’hui, il estime que le Conseil fédéral a « mis en jeu sans nécessité la longue tradition de neutralité »?
Ce n’est pas tout à fait logique. Mais il est tout de même appréciable que la neutralité armée et permanente soit désormais également appréciée par ceux qui ne l’avaient pas particulièrement mise en avant au déclenchement de la guerre en Ukraine.