Lima – Il y a encore quelques semaines, la présidente de gauche du Mexique, Claudia Sheinbaum, assurait que sous son gouvernement il n’y aurait jamais de « guerre contre les cartels de la drogue ». Elle suivait ainsi la devise de son prédécesseur López Obrador: « Abrazos, no balazos » – « des embrassades plutôt que des balles », pour reprendre une traduction libre.
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Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », le chef du puissant cartel de Jalisco, était un exemple éclatant de cette politique d’apaisement. Depuis quinze ans, il circulait en toute impunité dans les hautes terres autour de la ville de Guadalajara. Là, le gangster avait construit son propre État dans l’État, avec une armée privée redoutable disposant de véhicules blindés et de lance-roquettes modernes.
L’opération militaire contre « El Mencho » dément les promesses de paix de Sheinbaum. Il ne s’agissait pas d’un coup de chance fortuit contre un caïd recherché depuis des années. En collaboration avec les autorités américaines, des unités spéciales mexicaines avaient préparé pendant des semaines le coup de filet contre le criminel le plus recherché d’Amérique du Nord.
Les forces gouvernementales ont profité d’une sortie de « El Mencho » hors de son territoire pour un discret rendez-vous galant avec une maîtresse afin de lancer l’assaut. Il semble que le gangster ait d’abord réussi à prendre la fuite, au cours de laquelle il a été abattu dimanche avec sept de ses gardes du corps. Le directeur financier du cartel de Jalisco a lui aussi été abattu lors d’une opération distincte.
Ces derniers mois, le président américain Trump a accru progressivement la pression non seulement sur les cartels mexicains, qu’il a qualifiés « d’organisations terroristes », mais aussi sur le gouvernement mexicain. Le frère d’Oseguera, Antio (alias « Tony Montana »), a récemment été extradé vers les États-Unis, où sa fille (alias « La Negra ») et sa femme (alias « La Jefa ») avaient déjà été condamnées auparavant pour blanchiment d’argent. Selon le Wall Street Journal, environ 100 narcotrafiquants condamnés au Mexique ont été extradés vers les États-Unis durant le mandat de Sheinbaum.
La « politique de l’embrassade » a définitivement échoué. Dans certaines régions du Mexique, le taux d’homicides atteint le chiffre effrayant de 100 morts pour cent mille habitants. Rien que l’an dernier, 127 000 personnes ont été déclarées disparues. Les cartels de la drogue, qui opèrent dans tous les domaines criminels imaginables, de l’enlèvement au racket, ne constituent donc pas principalement un problème pour les « gringos », mais avant tout un fléau pour leur propre pays.
Le discret changement d’orientation de Claudia Sheinbaum ne s’explique toutefois pas uniquement par la pression de Trump. Au Salvador, le président Nayib Bukele a démontré que l’État peut bel et bien contenir le crime organisé, s’il en a la volonté. Sous son régime brutal, le Salvador est passé en quelques années du pays le plus dangereux au pays le plus sûr du continent américain. Selon tous les sondages, Bukele est de loin le président le plus populaire d’Amérique latine dans l’ensemble des pays situés entre le Rio Grande et la Terre de Feu. Cela n’a sans doute pas échappé à Claudia Sheinbaum. Pendant ce temps, ses amis socialistes à Cuba et au Venezuela luttent pour leur survie, tandis qu’en Argentine, en Bolivie et au Chili, ils ont été balayés par les urnes.