Le président américain Trump menace le Brésil avec une taxe de 50 % à partir du 1er août, si le gouvernement de Lula da Silva ne répond pas à ses demandes. Pourtant, ce qui est au premier plan, ce n'est pas tant le protectionnisme notoire du Brésil - souvent dissimulé par des obstacles bureaucratiques et juridiques ou une corruption tolérée - mais la censure préalable sur les réseaux sociaux et la "chasse aux sorcières" contre l'ex-président Jair Bolsonaro, le principal opposant politique du gouvernement socialiste de Lula.
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Tandis que Lula appelait au patriotisme de ses concitoyens à travers les ondes et annonçait des représailles contre les USA, le juge fédéral notoire Alexandre de Moraes passait à l'action : il ordonnait la perquisition de la résidence de Bolsonaro, la saisie des téléphones portables, des ordinateurs et de tous les liquidités ; l'ancien président a été placé en résidence surveillée stricte, avec une interdiction stricte de contacter ses plus proches (en particulier son fils politiquement actif) ainsi que tout représentant diplomatique étranger. Jair Bolsonaro n'est plus autorisé à s'exprimer via des médias (sociaux) sous peine d'arrestation définitive.
Depuis que la cour suprême (STF) a libéré de prison Lula da Silva, condamné irrévocablement pour corruption, et permis sa réélection grâce à une censure stricte contre les partisans de Bolsonaro, le Brésil est en fait gouverné par des juges. Sous la direction de de Moraes, ces juges se fabriquent leurs propres lois et procédures en invoquant la Constitution, agissant comme enquêteurs, procureurs et juges à la fois, sans recours possible contre les décrets de la cour suprême. Un exemple typique est la croisade de de Moraes contre les réseaux sociaux : lorsque le parlement brésilien avait finalement rejeté une loi obligeant Meta, Telegram, X et autres à pratiquer une censure préalable, la STF l'a imposée sans tarder.
Formellement, Bolsonaro et son cercle restreint sont accusés de comploter un coup d'État. L'accusation repose essentiellement sur une procédure de témoin à charge que cette même STF avait jugée illégale lors des procès pour corruption de Lula da Silva : l'un des co-conspirateurs supposés s'est vu promettre l'immunité s'il dénonçait ses collègues. Le plan de coup d'État supposé, qui devait aboutir à l'assassinat de Lula et de de Moraes, n'a jamais été mis en œuvre. Particulièrement absurde : le juge universel Alexandre de Moraes devient également partie civile en tant que victime prétendue.
Donald Trump a lui-même été victime de tels procès politiques lors de sa campagne électorale, et Bolsonaro et son entourage lui sont idéologiquement proches. Mais derrière le conflit se cachent des intérêts géopolitiques tangibles. Le régime Lula noue, dans le cadre des Brics, depuis des années avec les dictateurs de Russie, de Chine, d'Iran et du Venezuela, une alliance stratégique visant à briser la suprématie du dollar. Le Brésil ne se contente pas d'ignorer les sanctions contre la Russie de Poutine, mais les contourne systématiquement. Jair Bolsonaro, toujours populaire notamment dans le sud du Brésil, défend sans réserve, comme Milei dans l'Argentine voisine, les valeurs des démocraties occidentales et une alliance avec l'Otan et les États-Unis.