Les sanctions de l'UE du 15 décembre 2025 contre des personnes comme le colonel suisse Jacques Baud doivent être considérées comme faisant partie d'une mobilisation intellectuelle de l'Occident : les voix critiques pour la paix et le désarmement doivent être supprimées, les publicistes et journalistes contraints à une ligne de guerre par l'intimidation.
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Plus de 80 signataires initiaux de renom prennent position contre cette attaque à la liberté d'expression dans l'appel « Jusqu'ici et pas plus loin ! ». Parmi eux, des écrivains comme Christoph Hein et Daniela Dahn, des artistes et publicistes internationaux comme Roger Waters et le Prof. John J. Mearsheimer, le président du DKP, l'ancien chef de l'Office fédéral de protection de la constitution, des politiciens du BSW, des sociaux-démocrates et des libéraux. Ensemble, nous mettons en garde contre une UE de plus en plus autoritaire qui recourt à l'interdiction pour punir ses critiques.
Un regard sur le passé montre ce qui se passe aujourd'hui. Prenons le livre de Peter Scholl-Latour « La Russie dans la pince » de 2006 : selon les critères de l'UE, il devrait être aujourd'hui enregistré comme faisant partie d'une guerre hybride russe. L'auteur – s'il était encore vivant – serait envoyé en exil intérieur, ses comptes gelés et ne recevant plus de nourriture que sur demande. Affirmer simplement que l'extension orientale de l'OTAN provoquerait des réactions russes serait aujourd'hui insoutenable pour les fonctionnaires de l'UE.
La sanction contre Jacques Baud et d'autres est une menace flagrante pour la liberté d'expression, de la presse et d'information. Elle crée un précédent : les opinions divergentes sont classées comme propagande prorusse – sans preuve, procès ou audience, comme dans « Le Procès » de Kafka. Cela ne rappelle pas un espace de liberté, de sécurité et de droit, mais une Europe de Metternich, où la réaction indexait les voix critiques.
L'UE est en train d'établir un système de censure terrible : Les sanctionnés, qui ne sont coupables d'aucun crime, sont envoyés en exil intérieur – sans lieu d'exil, mais privés de tous moyens de vie, seulement soutenus par attribution administrative. Leurs livres ne sont pas brûlés, mais les éditeurs sont dissuadés de les diffuser.
Les sanctions de l'UE visent à réduire les voix critiques au silence et à établir, entre autres, une seule interprétation valable du préambule de la guerre en Ukraine. Exemple : Y a-t-il eu un génocide de citoyens russophones dans le Donbass entre 2014 et 2022 ? Pour l'UE, c'est une « propagande pro-russe » qui doit être rendue invisible – mais c'est précisément cette question que la Cour internationale de justice examine dans la contre-plainte de la Russie contre l'Ukraine. On peut critiquer l'objet du litige, mais vouloir l'effacer est une tentative de structurer la discussion publique de manière totalitaire.
Quiconque pense que Jacques Baud est un cas isolé sera corrigé par le gouvernement allemand : lors de la conférence de presse fédérale, de nouvelles sanctions contre les critiques ont été annoncées par le porte-parole du gouvernement Giese : « Cela s'est produit ce lundi, cela continuera à se produire, cela a eu lieu dans le passé, et tous ceux qui travaillent dans ce domaine doivent s'attendre à ce que cela puisse aussi leur arriver. »
Un proverbe chinois dit : « On tue un poulet pour effrayer les singes. » C'est exactement ce que fait l'UE – et le gouvernement fédéral l'a déclaré ouvertement. Ainsi, le déficit démocratique souvent déploré menace de basculer vers le totalitarisme : une bureaucratie anonyme décide sous peine de retrait des moyens de subsistance ce qui peut encore être dit et ce qui ne peut pas.
La liberté d'expression, de la presse et d'information sont les fondements de notre démocratie. Leur destruction par l'UE et le gouvernement fédéral attaque la démocratie dans son cœur et étouffe toute liberté. C'est pourquoi nous disons : La liberté de Jacques Baud est la liberté de tous. Faisons tout pour montrer : Nous ne voulons pas d'un État totalitaire, où selon Orwell, l'État détermine ce qui est considéré comme la vérité.
Sevim Dagdelen est publiciste et membre du conseil d'administration de BSW. Elle a été membre du Bundestag allemand de 2005 à 2025.