Une décision prise peu avant Pâques – et une décision à forte charge politique: le Conseil fédéral remet sur la table la question de la responsabilité des groupes et va plus loin que l’UE. Pour Economiesuisse, c’est clair: «Avec cette proposition, le Conseil fédéral va bien au‑delà des normes de l’UE.» La critique est cinglante. Mais le véritable scandale est plus profond.
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Car il ne s’agit pas ici d’un simple ajustement technique, mais d’un choix d’orientation politique. Il y a encore quelques années, le Conseil fédéral promettait de s’aligner sur l’Europe – sans la dépasser. C’est désormais l’inverse qui se produit: l’UE renonce à un régime uniforme de responsabilité, la Suisse fait cavalier seul. Ce n’est plus du pragmatisme, mais de l’activisme réglementaire.
Particulièrement explosive est la réapparition d’un vieux conflit. La question de la responsabilité était au cœur de l’initiative pour des multinationales responsables – et c’est précisément sur ce point qu’elle a échoué en 2020. Maintenant, elle revient. Non pas par les urnes, mais par le Conseil fédéral. Economiesuisse parle de «pure contrainte». On ne pourrait guère mieux décrire ce qui se passe ici: politiquement minoritaire, administrativement ressuscité.
Encore plus révélateur est le processus qui a conduit à cette décision. Un gouvernement à majorité bourgeoise adopte un projet que le monde économique rejette unanimement. Une décision serrée à 4 contre 3 – avec Ignazio Cassis comme dissident issu des rangs libéraux-radicaux. Ce n’est pas un dérapage, mais l’expression d’un problème plus profond.
Car le Conseil fédéral ne fonctionne plus depuis longtemps selon des lignes partisanes claires. Les attentes internationales, les considérations diplomatiques et les dynamiques internes à l’administration gagnent en importance. Le prix à payer est une politique qui se détache de plus en plus de ses majorités politiques.
La véritable question n’est donc pas de savoir pourquoi cette décision a été possible, mais pourquoi elle n’a pas été empêchée. Le camp bourgeois est fragmenté, souvent réactif plutôt que moteur. Il peine à organiser des majorités – et perd ainsi en capacité d’orientation.
Economiesuisse analyse la décision avec sévérité. Mais la cause est plus profonde: la politique bourgeoise dispose encore de majorités en Suisse – mais de moins en moins souvent de la force de les utiliser.