Une chose est claire après le débat au Conseil national sur l’initiative pour la neutralité, lancée par l’organisation Pro Suisse: une grande partie du Parlement suisse veut une politique de neutralité calquée sur le modèle de notre voisin oriental. L’Autriche se définit certes comme neutre, mais elle participe à la politique de sécurité et de défense de l’UE et est également liée par la clause d’assistance mutuelle de l’UE. Le principe de neutralité a été littéralement perverti par l’Autriche. On ne peut pas vraiment prendre au sérieux ce type d’impartialité.
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Malgré cela, la majorité de la grande chambre veut orienter notre pays précisément dans cette direction. C’est la conclusion à laquelle arrive quiconque a suivi les discussions de mercredi et jeudi. Quelques exemples parlants: les initiants voulaient priver la Confédération de la possibilité de conclure des partenariats et des alliances, s’est emporté le conseiller national soleurois Simon Michel. «La sécurité ne naît pas de l’autolimitation, mais de la capacité à conclure des coopérations fiables», déclare la conseillère nationale bâloise Elisabeth Schneider-Schneiter. Pour la Verte Christine Badertscher, il est essentiel que la Suisse dispose de la flexibilité nécessaire pour développer davantage la coopération internationale avec ses partenaires les plus importants, en particulier avec l’UE.
La cheffe du groupe des Vert’libéraux, Corina Gredig, a provoqué un des points les plus bas du débat. Elle a déclaré: «Lorsque le droit international est violé, lorsqu’un pays souverain est attaqué, a expliqué la politicienne du PVL, alors la neutralité ne peut pas signifier mettre les deux parties sur un pied d’égalité.» En réalité, elle ne fait que démontrer qu’elle n’a pas compris le principe d’impartialité. On ne peut se comporter de manière neutre qu’en cas de guerre entre deux parties.
Une large coalition social-libérale composée de parlementaires sans colonne vertébrale et d’élites sociales veut cependant nous faire croire qu’on peut être seulement «un peu» neutre. Tandis que le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis rêve d’une neutralité flexible, où il n’y a pas de «ou bien/ou bien», c’est-à-dire sanctions ou neutralité, le ministre de la Défense Martin Pfister fait avancer notre intégration en matière de sécurité et de défense dans l’UE et dans l’OTAN. Il tente même d’accélérer cette tendance.
Parallèlement, on nous martèle sur tous les canaux qu’il faut adapter notre neutralité à la situation mondiale changeante. On nous dit aussi que la psychologie du public a changé, ce qui entraînerait une obligation de s’adapter au nouveau désordre mondial. Avec tout le respect, c’est du pur non-sens.
La neutralité est pour la Suisse ce que l’axe est pour un carrousel. C’est elle qui compte, elle doit être d’aplomb et stable, sinon cela devient dangereux. La neutralité suisse est en outre une noble tradition. C’est ce qui fait notre singularité.
Contrairement à ce que croit la majorité du Parlement, nous ne pouvons préserver notre marge de manœuvre diplomatique que si nous restons crédibles en tant que petit État neutre. Sur fond de monde de plus en plus instable, nous devrions donc protéger encore mieux cet instrument précieux de politique étrangère, comme le demande l’initiative pour la neutralité. Car une neutralité à la carte, telle que la souhaitent Cassis et consorts, ne nous rend pas plus dignes de confiance, mais simplement plus arbitraires.
Au fait: l’Autriche ne peut en aucun cas être un modèle pour la Suisse à cet égard.