La demande de grâce soumise par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou au président Isaac Herzog a déclenché un débat intense en Israël, mêlant arguments juridiques et intérêts politiques. Au centre se trouve la question de savoir s'il s'agit d'une démarche légitime dans le cadre des pouvoirs constitutionnels du président, ou d'une manœuvre politique visant à clore le procès en cours avant qu'un jugement ne soit prononcé.
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Netanyahou justifie sa demande par l'argument selon lequel il souhaite contribuer à surmonter la profonde fracture sociale en Israël. Bien qu'il préférerait prouver son innocence devant la justice, il estime avoir une "responsabilité publique" pour la stabilité du pays. Le processus dure depuis six ans, sans issue en vue, et le pays s'est scindé en deux camps irréconciliables: pro-Bibi et anti-Bibi.
Une grâce en plein milieu du procès serait en réalité une atteinte à l'indépendance de la justice. En Israël, les demandes de grâce sont généralement déposées seulement après un jugement définitif, et non au milieu d'un procès en cours. De plus, l'une des conditions essentielles pour toute grâce est la reconnaissance claire et sans ambiguïté d'une culpabilité. Netanyahou a explicitement omis cette étape dans sa demande de grâce.
C'est maintenant au tour du président Herzog, qui a montré peu d'autorité politique ces dernières années, de prendre une décision. Il peut rejeter la demande totalement, l'accepter sans réserve, l'accepter avec des conditions – telles qu'une reconnaissance publique de culpabilité, des excuses ou une démission – ou l'utiliser comme levier pour pousser les parties au tribunal vers un règlement.
Quoi qu'il arrive: pour Netanyahou, c'est une situation gagnant-gagnant. Qu'elle soit acceptée, rejetée ou acceptée sous conditions, il peut interpréter chaque issue possible à son avantage politique. Si sa demande est acceptée, il n'a plus besoin de se présenter trois fois par semaine devant les juges. Si elle est rejetée, il peut construire un récit de persécution politique qui pourrait lui être bénéfique parmi sa base électorale.
Le débat est d'autant plus explosif en raison des multiples interventions de Donald Trump. Il a qualifié le procès de politiquement motivé, a ouvertement exigé une grâce au Parlement israélien, a attaqué le procès dans l'émission "60 Minutes" de CBS News comme "injuste" et a demandé officiellement à Herzog de gracier Netanyahou.
En fin de compte, deux questions clés se posent: une démocratie peut-elle condamner un chef de gouvernement en exercice sans se nuire elle-même? Ou une grâce en plein milieu du procès minerait-elle de manière durable la confiance en l'État de droit et la séparation des pouvoirs? La décision de Herzog ira bien au-delà du cas concret et marquera le climat politique de ce pays pour des années.