Ah, Jeffrey Epstein – ce nom sonne comme une mauvaise blague tirée d’un thriller d’espionnage qui se révèle être un commentaire amer sur la réalité. Imaginez: un magicien de la finance qui jongle avec des jets privés et des îles caribéennes, entouré de présidents, de princes et de philanthropes qui font tous semblant d’être les gardiens de la morale mondiale. Et puis, bang! Le rideau tombe, et ce qui apparaît, c’est un réseau d’hypocrisie dans lequel, bien au fond, se débat l’élite internationale des dernières décennies.
Epstein n’est pas seulement un scandale; il est le miroir dans lequel se révèle l’effondrement des mondialistes déconnectés – ces surdoués polyglottes qui, lors de conférences comme le World Economic Forum (WEF) de Davos ou dans les étages feutrés des réunions internationales, sermonnent les gens d’en bas tout en pataugeant eux-mêmes, comme on le voit, jusqu’aux genoux dans la boue.
Soyons honnêtes: l’affaire Epstein est un festin pour les cyniques. Nous avons là tous ces « braves gens » qui nous ont fait la leçon pendant des années. Prenons Bill Gates, le « Mr. Nice Guy » de la philanthropie, qui dépense des milliards pour sauver le monde – tout en menant une double vie, en tissant des liens étroits avec Epstein. Là où la morale brille et éblouit le plus, se cache souvent un tas d’ordures.
Mais Gates, dont le génie entrepreneurial reste un fait incontestable, n’est pas un cas isolé. Voilà que les Clinton, ce couple politique du juste milieu, balloté par bien des rapides, doivent maintenant s’expliquer devant une commission à propos d’Epstein. Que n’ont-ils pas moralisé et tempêté contre le franc-tireur présidentiel Trump, qui n’est certes pas un saint non plus, mais qui, à la différence de ces deux-là et de leur bande Epstein, n’a jamais prétendu l’être. À retenir: les « braves gens » ne sont pas de bonnes personnes, ils veulent seulement en avoir l’air.
La situation devient presque comique avec les Norvégiens et tous leurs moralistes politiques de vitrine, de véritables spécialistes de la vertu de façade. Thorbjørn Jagland, ancien Premier ministre norvégien, président du comité Nobel et secrétaire général du Conseil de l’Europe, connu sous le surnom de « Mr. Human Rights »: il échangeait des e-mails avec Epstein, se faisait financer des voyages et même des visites médicales. Il est aujourd’hui inculpé pour « corruption aggravée ». Jagland a promis à Epstein de l’influence, y compris une possible introduction auprès de Vladimir Poutine, et l’a qualifié de « big shot du prix Nobel de la paix ».
Ajoutons la princesse héritière Mette-Marit, qui a confié des centaines de messages intimes au prétendu grand connaisseur des femmes Epstein, et Børge Brende, patron du WEF, qui a dîné plusieurs fois avec lui, échangé des textos, nié ensuite beaucoup de choses et a fini par trébucher sur ses propres contrevérités contradictoires. Même des diplomates comme Mona Juul et Terje Rød-Larsen, architectes des accords d’Oslo, sont impliqués. La Norvège, pays des prix Nobel de la paix, se révèle être un hotspot des connexions Epstein – un jalon dans l’histoire mondiale de l’ironie.
Bien sûr, il y a ici aussi beaucoup de jugements hâtifs. La culpabilité par association n’est pas une culpabilité, encore moins un crime. Tous ceux qui connaissaient Epstein ne sont pas des criminels, certainement pas. Mais on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine Schadenfreude. Bien fait pour eux, ces apôtres de la morale! Ils nous mettaient en garde contre les « populistes » et les « nationalistes », alors qu’eux-mêmes étaient empêtrés dans un écheveau d’argent, de sexe et de corruption. L’affaire Epstein les démasque comme des imposteurs.
Cette élite – ou faut-il dire: pseudo-élite – parcourait le globe pour téléguider le monde d’en haut, technocrates exaltés, toujours donneurs de leçons et déconnectés, condescendants envers le « peuple » auquel ils ne font confiance pour rien, se faisant en revanche confiance pour tout. Avec la clique d’Epstein, ce sont aussi leurs stations orbitales qui perdent de leur éclat: l’UE, l’ONU ou le WEF, bastions de l’internationalisme. Les disciples d’Epstein et leur fan-club médiatique croyaient y voir l’avenir de la politique, l’axe moral de la Terre autour duquel tout devrait tourner.
Heureusement, tout cela est en train de s’effondrer. C’était aussi un abus, une surexploitation de ces nobles institutions. Rien contre l’ONU, née de l’expérience de deux guerres mondiales. Rien contre la tentative de canaliser la sauvagerie des États-nations par des règles interétatiques. Mais comme pour tout ce que l’homme prend en main, on en a aussi abusé.
L’UE en particulier est allée trop loin dans sa croisade contre tout ce qui est national, contre ce qui est enraciné, local, à taille humaine. En réaction à la déconnexion des internationalistes et en conséquence de l’échec, du déficit démocratique et de l’éloignement des citoyens de ces instances internationales, l’État-nation fait maintenant son retour. Le porte-drapeau de ce comeback est le président américain Trump avec son slogan « America First ».
L’atterrissage forcé d’Epstein et de ses amis s’inscrit ainsi parfaitement dans le nouvel esprit du temps, dans le malaise croissant à l’égard de l’internationalisme politique, de l’idéologie du « globalisme ». Par là, on n’entend plus la souveraineté du citoyen dans le cadre de l’État de droit national, mais son remplacement par un super-édifice, un dispositif d’autorités internationales et d’une élite d’« oints du Seigneur » qui gouvernent par-dessus la tête des gens, une variante moderne de l’État de philosophes de Platon, si ce n’est que le personnel que le grand penseur grec avait en tête était sans doute nettement plus intelligent.
Faut-il maintenant craindre qu’avec Trump et la troupe qu’il dirige, le nationalisme belliqueux du XXe siècle fasse son retour? Non. Il ne s’agit pas d’un basculement d’un extrême à l’autre, mais plutôt de la correction, attendue depuis longtemps, d’un dysfonctionnement. S’éloigner de ce qui est déconnecté, technocratique, construit à grande échelle, pour revenir à ce qui est à taille humaine, enraciné. Les peuples ne veulent plus être menés à la baguette par une élite autoproclamée qui voyage en jets privés et prêche la morale tout en s’enfonçant dans son propre marécage.
Epstein symbolise ce tournant: son réseau, cette toile collante faite de politique, d’argent et de fausse morale, incarne la perte de sens des institutions internationales. Les dossiers ne révèlent pas seulement des abus, mais un système qui se protège lorsqu’il est menacé et qui échoue lorsqu’on le met à nu. C’est comme si la mondialisation écrivait sa propre satire – amusant, si ce n’était pas si triste. Au bout du compte, il reste la question: qui nous sauvera des sauveurs? Peut-être tout simplement: le peuple, qui commence peu à peu à se réveiller.