Dans le conflit autour du paquet d’accords Suisse-UE, la politique d’information du Conseil fédéral est soumise à un examen plus attentif. Le rapport explicatif du Conseil fédéral de juin 2025 a été sévèrement critiqué sur des points décisifs par de nombreux experts en droit, notamment par le professeur de droit public Paul Richli. Désormais, l’argumentation économique du Conseil fédéral est elle aussi examinée de plus près, avec un constat clair.
Gaetan Bally/Keystone
Mardi, Autonomiesuisse, une association d’entrepreneurs et de citoyens, a présenté une étude sur les effets économiques réalisée par l’institut Swiss Economics. L’exposé du professeur Mark Schelker, Université de Fribourg, portait le titre: « Le bénéfice macroéconomique du paquet d’accords avec l’UE est discutable ».
Cela visait directement le cœur de l’argumentation de la Confédération. En effet, l’argument central du Conseil fédéral en faveur de l’acceptation du paquet d’accords est que, en cas de disparition des Bilatérales I, le dommage pour l’économie nationale serait considérable. La base principale de la campagne officielle de la Confédération est une étude du cabinet de conseil Ecoplan datant de 2025. Selon ses conclusions, en cas de disparition des Bilatérales I, le produit intérieur brut (PIB) de la Suisse serait, en 2045, inférieur de 4,9 % à ce qu’il serait autrement. Ecoplan en a déduit une perte de revenu d’environ 2500 francs par habitant.
Avec ces chiffres, la Confédération fabrique le scénario selon lequel, en cas de non, la population suisse serait menacée d’une perte de prospérité considérable. « Les chiffres ne résistent toutefois pas à un examen », conclut Swiss Economics. Les auteurs se réfèrent à l’étude Ecoplan et expliquent comment les calculs de l’étude de la Confédération sont établis, à savoir comme suit: on part du principe que, sans libre circulation des personnes, environ 20 000 personnes de moins par an viendraient s’installer en Suisse en provenance de l’Espace économique européen d’ici 2045 et qu’environ 45 000 frontaliers de moins travailleraient en Suisse.
Effet: la population serait plus faible que dans l’autre scénario, dans lequel le revenu de la population immigrée, de même que les rendements des propriétaires de facteurs immobiles comme le sol et les immeubles, contribueraient au PIB. Dans le scénario de la disparition des Bilatérales, leur performance économique manquerait tout simplement dans le PIB de la Suisse: pas de nouveaux arrivants, donc pas de PIB correspondant. C’est ainsi que l’étude de la Confédération arrive à un recul du PIB de 4,9 % d’ici 2045, comme indiqué, en raison des revenus manquants des immigrés et des frontaliers.
Pour la population résidente existante, en revanche, la baisse du PIB ne serait, selon l’étude Ecoplan, que d’environ 0,9 %. Cela signifie que le PIB par habitant, pour les personnes qui sont là, ne change guère.
Mais les communicateurs de la Confédération vendent au public l’absence d’immigration comme une perte, en mettant l’accent sur le recul du PIB total plutôt que sur le PIB par habitant. Globalement, l’étude d’Autonomiesuisse montre que la perte de croissance de revenu affichée d’environ 2500 francs par habitant et par an se réduirait, avec des calculs corrects, à une valeur négligeable.
Négligeable: pour la moyenne de la population suisse résidente, le bénéfice économique net des Bilatérales I est minimal. Les Bilatérales I entraînent principalement des effets de redistribution. L’entrepreneur Prof. Giorgio Behr (fondateur et président de BBC Group) a notamment expliqué pourquoi l’accord bilatéral sur les obstacles techniques au commerce (ARM), constamment présenté par les milieux officiels comme très important, est en pratique à peine plus pertinent.
Compte tenu du faible avantage économique du paquet d’accords, les auteurs mettent au premier plan les aspects institutionnels. Avec l’acceptation du paquet d’accords Suisse-UE, la reprise du droit serait réorganisée, en particulier avec le noyau institutionnel du paquet, la reprise dynamique du droit.
Les auteurs soulignent que l’orientation institutionnelle de la Suisse vers l’UE conduirait à un affaiblissement de la démocratie directe. Avec la reprise dynamique du droit, « les possibilités de participation politique du peuple et du Parlement seraient massivement restreintes ». Il ne resterait plus qu’un droit de veto. La possibilité pour l’UE d’imposer des mesures de compensation en cas de veto créerait toutefois un effet dissuasif, dans le sens où, dans l’incertitude quant aux groupes qui pourraient être touchés par la sanction, chacun préférerait s’abstenir.