L'Arabie Saoudite se réinvente – de manière plus radicale, rapide et déterminée que tout autre État de sa catégorie.
Alors que l'Europe reste dans ses doutes et que les États-Unis oscillent entre recentrage sur eux-mêmes et fièvre politique, Riyad dessine un avenir qui fascine, irrite – et défie l'Occident.
Au centre de ce bouleversement tectonique se trouve une alliance inhabituelle: Mohammed bin Salman – MbS pour faire court – et le président américain Donald Trump forment un duo qui, à partir d'un partenariat utilitaire et d'une volonté de pouvoir débridée, libère une énergie qui pourrait fondamentalement changer l'équilibre géopolitique des années à venir.
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La transformation que MbS impose avec sa révolution par le haut nécessite des partenaires fiables: capital, technologie, soutien en matière de sécurité. C'est précisément ici que Donald Trump et les États-Unis interviennent.
La rencontre chaleureuse entre MbS et Trump pourrait être un catalyseur pour accélérer la Vision 2030 et renforcer les axes économiques saoudo-américains. L'Arabie Saoudite bénéficie d'un accès privilégié à la technologie américaine, à des investissements de plusieurs milliards et à une étroite coopération militaire. Les États-Unis trouvent quant à eux en Riyad sous Trump un allié qui promet une stabilité régionale, ouvre des opportunités économiques tout en créant un espace pour des options stratégiques globales. Ainsi, la modernisation du Royaume n'est pas seulement avancée comme un grand projet intérieur, mais de plus en plus comme partie d'une vision commune, globale entre Riyad et Washington.
Appeler l'Arabie Saoudite le « nouveau Europe » peut sembler provocateur – mais la formule vise juste. L'Europe hésite, tandis que Riyad travaille sur des projets d'avenir qui vont bien au-delà de ses propres préoccupations. La quête saoudienne de l'avenir en dit finalement moins sur le Royaume que sur la perte de courage de l'Europe.
L'Europe s'est habituée à reposer dans ses propres doutes: trop de bureaucratie, pas assez de profondeur historique, des exigences morales élevées qu'elle ne remplit à peine. Et tandis que le Vieux Continent discute, hésite et réglemente, l'Arabie Saoudite s'est tranquillement et méthodiquement glissée dans un rôle que l'Europe revendiquait autrefois pour elle-même: comme un lieu de renouveau, de modernisation radicale, de visions qui dépassent ses propres préoccupations.
Bien sûr, la stratégie agressive de l'Arabie Saoudite est chèrement acquise: par un système autoritaire pour une société qui doit paraître moderne, mais qui reste au fond une nation conservatrice de clans puissants. Mais c'est précisément cette contradiction qui révèle l'ironie du présent. L'Europe voulait autrefois prouver au monde que l'avenir était possible uniquement dans la liberté, la diversité et l'état de droit. Aujourd'hui, le monde regarde Riyad – non pas à cause de la liberté qui y règne, mais parce que là-bas, contrairement à de nombreuses capitales européennes, on veut encore de l'avenir.
L'Europe médite sur son présent prosaïque; l'Arabie Saoudite fait du culturisme politique: muscles, acier, béton, ambition – tout au maximum. Le méga-projet de MbS, sa Vision 2030, ressemble à une tentative de rattraper le XXIe siècle tout entier en une décennie. L'Europe, en revanche, semble parfois vouloir reporter l'année 2030 autant que possible.
Les discussions sur les projets audacieux de Riyad portent souvent sur leur faisabilité. Mais en vérité, la quête saoudienne vers l'avenir révèle moins le Royaume que le propre manque de courage de l'Europe: sa peur de la nouveauté et son désir secret pour cela.
Lorsque l'Europe rit ou se moque des ambitions gigantesques de l'Arabie Saoudite, cela ne montre que sa propre perte de visions. Le problème ne se trouve pas là, dans le désert – mais dans une Europe autosatisfaite.
Car c'est précisément là que commence le problème de l'Europe avec MbS: il modernise à un rythme record, mais dans des conditions qui n'ont guère à voir avec les idéaux occidentaux. Trump parie quant à lui sur un dirigeant dont la vision d'avenir ne repose pas sur la liberté, mais sur l'efficacité et le contrôle. Tous deux s'encouragent mutuellement – et montrent ainsi à quel point Trump et MbS se sont éloignés de la modernisation prudente et autosatisfaite de l'Europe.
En fin de compte, l'alliance entre Mohammed bin Salman et Donald Trump ne peut guère se réduire à des sympathies personnelles. C'est un accord politique qui sert les deux parties – et qui apporte des risques aux deux parties.
Peut-être que c'est là la véritable leçon de ce partenariat: l'avenir naît là où il est voulu – pas là où on se contente de le gérer. L'Arabie Saoudite définit les objectifs, Trump fournit les leviers, et ensemble, ils forment une réalité à laquelle l'Europe se mesure – qu'elle le veuille ou non.