Les frappes militaires des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ainsi que la mise à mort d’Ali Khamenei ébranlent l’architecture de sécurité mondiale. C’est la conclusion à laquelle parvient le spécialiste zurichois de droit international public Oliver Diggelmann dans un entretien avec le Tages-Anzeiger.
Peter Klaunzer/Keystone
«L’interdiction du recours à l’agression et l’interdiction d’intervention n’ont pas disparu sous prétexte que le président américain affirme que le droit international ne l’intéresse pas», explique Diggelmann.
La justification avancée par les États-Unis, selon laquelle il s’agirait d’un acte de légitime défense face à une menace imminente, est rejetée par le professeur zurichois. Il n’y a actuellement pas d’attaque armée au sens de la Charte des Nations unies.
Diggelmann souligne: «On n’a pas le droit de tuer quelqu’un simplement parce qu’il possède une arme.» Les États-Unis tentent actuellement, de manière radicale, de redéfinir le droit de légitime défense, ce qui est inadmissible en droit international, de telles règles ne pouvant être créées unilatéralement. Même pour une frappe préventive de légitime défense, les seuils sont extrêmement élevés; une attaque doit être imminente.
Diggelmann met en garde contre la tentation d’accepter des violations du droit par prudence politique. En droit international, le silence peut être interprété comme un consentement: «Celui qui voit une injustice et ne dit rien permet que les règles changent insidieusement.» Il demande que les violations du droit international soient clairement qualifiées comme telles, afin d’empêcher la désintégration de l’ordre établi.
Bien que les grandes puissances que sont les États-Unis, la Russie et la Chine utilisent ou ignorent souvent le droit comme un instrument de pouvoir, Diggelmann ne croit pas à sa disparition. Il constate: «La loi du plus fort, c’est le monde de Donald Trump – mais Donald Trump n’est pas le monde.»
À long terme, des puissances moyennes influentes s’organiseront davantage sans les États-Unis afin de garantir la fiabilité. Il conseille à la Suisse de continuer à exiger le respect sans restriction du droit international humanitaire.