Dans l’arène scintillante de la diplomatie internationale, il est un concept presque vénéré religieusement: le droit international. On l’invoque comme une écriture sainte pour condamner les guerres, justifier les sanctions et afficher une supériorité morale. Mais si l’on regarde derrière la façade de cette gigantesque construction juridique, on découvre une abstraction dangereuse, une « chimère de philosophes » qui, dans la dure réalité de la géopolitique, non seulement échoue, mais se transforme souvent en piège périlleux.
La croyance en un système juridique universel, qui pourrait être imposé comme seule voie de salut et de paix à des civilisations aussi différentes que les civilisations américaine, européenne, russe, chinoise ou africaine, témoigne d’abord d’une immense surestimation de l’intelligence humaine. Nous nous imaginons pouvoir créer des systèmes juridiques dotés d’une force obligatoire à l’échelle mondiale – en particulier en cas de crise. Or c’est l’inverse qui est vrai: le droit international n’est pas une ancre fiable, mais au mieux un accord temporaire qui ne fait que refléter les rapports de force du moment.
Hybris du « universalisme »
Derrière le droit international se cache la prétention de vouloir ramener le monde entier à un dénominateur commun. C’est l’enfant de l’universalisme religieux, le désir de réunir l’humanité entière sous un seul concept, une seule foi, un seul Dieu. Mais dans la pratique, nous assistons à une orgie de doubles standards. Lorsque la Russie viole le droit international, on annonce la fin du monde; lorsque des puissances occidentales ou des alliés interviennent militairement, cela est souvent célébré comme une « percée du droit international » ou comme une défense nécessaire. Cette application sélective démasque le système pour ce qu’il est: un instrument d’arbitraire et de pouvoir, que l’on abuse à volonté.
Encore plus dangereuse est toutefois l’illusion de sécurité que suggère le droit international. Qui fonde sa sécurité nationale sur de telles abstractions bâtit sur du sable mouvant et agit avec une grave négligence. Un droit international sans État mondial capable de le faire respecter reste sans dents. Un tel État mondial serait à son tour la plus grande despotie abstraite que l’on puisse imaginer. Nous devrions nous réjouir qu’il n’existe pas.
Le concret comme ancre
L’alternative au vide de l’abstraction est le retour au concret, à ce qui est maîtrisable et contrôlable. Dans la « jungle » des relations internationales, il s’agit en fin de compte de survie. Les États agissent en fonction d’intérêts nationaux, de forces et de faiblesses stratégiques. Ce n’est pas du cynisme, mais de la raison. La raison consiste à accepter la réalité telle qu’elle est, et non telle que nous la rêvons dans des constructions nuageuses de morale.
Un regard sur les crises actuelles montre la facture du moralisme radical de notre époque. Des responsables politiques, aveuglés par des idéaux universalistes, conduisent leurs pays dans des dépendances fatales. La politique énergétique unilatérale ou une « transition verte » qui échoue face à la réalité sont les conséquences d’une pensée qui a perdu de vue l’essentiel: avons-nous suffisamment d’énergie? L’économie fonctionne-t‑elle? La survie est‑elle assurée? Au lieu de cela, les politiciens du droit international courent après un mirage, une construction de souhaits issue de leurs fantasmes.
Réalisme plutôt qu’autosatisfaction
Il est tentant de se placer devant une caméra et de proclamer que l’on se tient du côté du « bien », des « droits de l’homme » et du « droit international ». Cela brille joliment à la lumière de l’auto‑exaltation morale. Mais la réalité est une thérapie dure. Elle frappe comme une « boule de démolition », elle pulvérise – ce qui est salutaire – ces croûtes d’illusions et d’erreurs derrière lesquelles la réalité se révèle à nouveau douloureusement dans toute sa netteté.
Droit international et moralisme vont de pair. Ce sont des techniques de refoulement de la réalité, voire de véritable déni de réalité, des erreurs, un accès faux, autosatisfait et parfois mortellement dangereux à la réalité. Qui dit droit international éblouit, aveugle, se surestime. Il ne voit plus ce qui compte vraiment: les intérêts nationaux, la sauvegarde de la prospérité et de la défense, la lutte contre la criminalité importée, la fin des expériences idéologiques vertes qui sacrifient l’industrie.
Le droit international est peut‑être un bel idéal, mais comme boussole pour l’action réelle dans un monde complexe, c’est une fiction dangereuse. L’idée qu’un hégémon bienveillant, comme l’ont été les États‑Unis au cours des trente dernières années pour certaines parties de la population mondiale – certes pas sans restrictions – pourrait garantir un « droit international » dans l’intérêt de tous les êtres humains, échoue face à la diversité des civilisations et de leurs intérêts.
Se perdre dans l’illimité
Revenir au concret signifie cesser de croire que nous pourrions passer le monde entier au même peigne juridique, notre peigne juridique. Cet universalisme arrogant échoue actuellement de manière spectaculaire dans la réalité, à grande comme à plus petite échelle. Même une Union européenne qui tente seulement d’imposer son corset juridique à une série de pays d’Europe se heurte à une résistance et à un malaise croissants.
Revenir au concret signifie redonner au vieil État‑nation ses droits, accepter les frontières, y compris les limites de l’esprit humain, qui au mieux peut embrasser une partie du tout, mais jamais le tout. La prétention à l’universel rend aveugle à ce qui est maîtrisable et contrôlable. Elle détourne des véritables tâches et possibilités: façonner ce qui est limité et ne pas se perdre dans l’illimité.
Ce renoncement aux abstractions comme le « droit international » est volontiers diffamé par ses partisans comme un prétendu plaidoyer pour l’irrationalité et comme une glorification de la puissance, comme une attaque irrationnelle contre la raison. C’est l’inverse qui est vrai. Agit de façon stupide celui qui surestime les capacités de son intelligence. Agit de façon rationnelle et raisonnable celui qui, à partir de la conscience des limites de sa pensée, préfère le possible à l’impossible, car la tentative d’imposer l’impossible contre le réel a presque toujours abouti à la pire des tyrannies.