Le soupir de soulagement au Conseil fédéral comme dans l’ensemble du gouvernement était nettement audible. « Le cauchemar est terminé », aurait déclaré en 1938 le chef du Département militaire de l’époque, Rudolf Minger. En tant que chef du Département politique, Giuseppe Motta déclara: « Après une courte période durant laquelle nous avons cru de bonne foi pouvoir tenter une neutralité moins stricte et plus large, notre politique extérieure revient dans son cours traditionnel ». La NZZ parla d’un « succès de la politique suisse de neutralité ».
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Avec l’adhésion décidée de la Suisse à la Société des Nations, approuvée de justesse par la majorité des cantons en 1920, notre pays avait été dispensé de participer aux sanctions militaires, mais non aux sanctions économiques. Le Tessinois Giuseppe Motta s’était engagé de toutes ses forces pour cette étape d’intégration et pour le passage à la « neutralité différentielle ».
Mais après les retraits du Japon, de l’Allemagne et de l’Italie de la Société des Nations au cours des années 1930, la situation devint de plus en plus inconfortable pour la Suisse. Le conseiller fédéral Motta dut revoir sa position – et il le fit aussi à la lumière des réalités menaçantes. Lorsque la Société des Nations adopta à partir de 1935 des sanctions contre l’Italie en raison de sa guerre en Abyssinie, la Suisse revint, le 14 mai 1938, avec l’aval de la Société des Nations, à la « neutralité intégrale ». Les menaces de Mussolini, qui voulait en cas de guerre économique conquérir la Suisse italienne jusqu’à la crête alpine, étaient trop dangereuses.
Ce retour à une neutralité globale, armée et perpétuelle épargna à la Suisse de sombrer, comme presque toute l’Europe, dans l’abîme infernal de la Seconde Guerre mondiale. Il y a peu, le ministre des Affaires étrangères actuel, Ignazio Cassis, est parvenu, sous la conduite des États-Unis, à amener les parties belligérantes, l’Ukraine et la Russie, à la table des négociations à Genève.
Après quatre années d’errance marquées par l’abandon, au sein du Conseil fédéral, de la tradition de neutralité, une pensée plus disciplinée semble enfin faire son retour au sein du gouvernement. Ignazio Cassis a-t-il reconnu son erreur d’un engagement inconditionnel en faveur de l’Ukraine? Cassis vit-il son moment Motta, comme jadis son clairvoyant prédécesseur tessinois?
On peut l’espérer. Certes, le succès diplomatique des pourparlers de paix de Genève ne constitue qu’un petit pas. Tant que des questions territoriales seront en jeu, une percée risque de se faire encore attendre longtemps. Une chose est sûre: il s’avère aujourd’hui payant que les contacts suisses avec la Russie dans le cadre de l’OSCE à Vienne n’aient jamais été rompus.
Il demeure tout aussi incompréhensible que le diplomate militaire suisse A. S. soit toujours sous le coup d’une procédure, simplement parce qu’il a défendu la neutralité durant son activité à Vienne. Probablement dénoncé par un successeur proche de l’OTAN, A. S. a été écarté sans raisons suffisantes et n’a
plus été autorisé depuis à exercer un travail raisonnable. Il serait souhaitable que, grâce à la réaffectation du colonel A. S., le Département de la défense revienne lui aussi à davantage de neutralité.