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Sans l'intervention de la police, des « conditions proches de la guerre civile » auraient eu lieu, selon le ministre de l'Intérieur de la Hesse, Roman Poseck (CDU). Les émeutes à Giessen autour de la création de l'organisation de jeunesse de l'AfD font partie d'un panorama sociétal sombre qui ne concerne plus seulement la scène Antifa violente de l'extrême gauche. Environ 25 000 activistes de gauche, certains prêts à la violence, ont livré ce week-end des batailles parfois féroces avec la police. Trois membres de l'AfD ont été littéralement encerclés et ont dû être protégés par des policiers contre la foule en colère d'extrême gauche. Le reporter de Bild, Paul Ronzheimer, loin d'être un « provocateur de droite », a été poursuivi avec son équipe par des résistants prétendument civils. La pop culture de protestation de gauche est depuis longtemps devenue un sérieux sanglant, se sentant légitimée à attaquer toute expression non conforme devant les sièges de partis (comme celui de la CDU) ou dans la rue. Mais les émeutes ne sont que la pointe d'un déplacement inquiétant au sein de la société. Ceux qui écoutent les déclarations de la ministre des Affaires sociales Bärbel Bas (SPD) lors du congrès des Juso abandonnent rapidement toute illusion d'une « alliance du centre démocratique », que le chancelier Friedrich Merz (CDU) aime à présenter comme sa coalition gouvernementale. Bas, qui parle volontiers de manière percutante (« Bullshit ») sur l'État providence débordant, a redécouvert les employeurs allemands comme adversaires. Son intervention lors de la journée des employeurs a montré « contre qui nous devons réellement nous battre ensemble », selon Bas. La lutte des classes fait son retour, et le programme de Godesberg du SPD sombre lentement dans le gentil lointain de l'histoire d'après-guerre. On doit plutôt se demander si l'Antifa est le bras militant de la gauche, des Verts et du SPD, ou si ces trois partis sont le bras parlementaire des combattants de rue. Parallèlement, une tempête de critiques s'abat sur les entrepreneurs familiaux allemands, qui ne revendiquent rien d'autre que la simple normalité de parler avec des représentants du plus grand parti d'opposition, l'AfD. La pointe idéologique « Campact » envoie des lettres inquisitoires avec obligation de confession aux entreprises, des entreprises prétendument progressistes se distancient de l'association des entrepreneurs familiaux, et des appels au boycott des chaînes de distribution circulent déjà. Et chez « Markus Lanz », la juge constitutionnelle échouée Frauke Brosius-Gersdorf explique que ceux qui s'expriment « de manière inadmissible » en ligne devraient recevoir une « formation en droit et en valeurs ». L'État devrait surveiller plus strictement le cadre de ce qui peut être dit. Réfléchissant à tout cela, on en arrive à un combat qui ne se limite plus à la culture, mais concerne la domination de la société. La liberté d'expression et la compétition loyale des partis pour les majorités laissent place à des intentions de domination ouvertement exprimées. L'ordre d'après-guerre allemand s'évapore chaque jour. Au cœur de tout cela, une bataille défensive des élites influentes contre l'exigence par la base électorale de se faire entendre pour le protest exprimé contre les accords établis. Bien qu'elle concerne principalement l'AfD, en réalité c'est aussi un système politique qui est remis en question, un système pour lequel les barrières juridiques entre le droit national et européen sont plus importantes que le bien-être de son propre pays (voir l'interdiction des véhicules thermiques) ou où l'amélioration idéaliste du monde et la protection du climat valent des milliards, tandis que son propre système social menace de s'effondrer sous le poids de l'immobilisme et de la migration. Lorsque l'ancien président fédéral Joachim Gauck parlait autrefois de « l'Allemagne sombre », il faisait référence à l'Est et à l'AfD. Comme nous le voyons maintenant, la démocratie allemande n'est pas démantelée dans ou depuis l'Est, mais par la gauche militante.