La recherche historique est transfrontalière. D'une part, les historiens remplissent certains critères scientifiques. Ils travaillent avec des méthodes claires telles que la critique des sources, la vérification de l'authenticité, des hypothèses bien définies.
D'autre part, il n'est évidemment pas possible de réaliser des expériences, les historiens racontent, construisent des récits, sont souvent soumis à des directives idéologiques, retirent de l'histoire des connaissances supposées qu'ils y ont préalablement introduites, sans le qualifier de raisonnement circulaire.
Stephan Sahm/laif
L'histoire est un vaste champ qui est constamment labouré. Même des événements historiques décrits d'innombrables fois peuvent révéler de nouvelles connaissances. Si l'on est aussi talentueux que Christopher Clark ("Les somnambules").
Et puis il y a les idéologues, les experts rémunérés, qui n'évaluent pas seulement ce que le commanditaire souhaite. Mais qui commettent également des erreurs techniques graves. Un exemple embarrassant de ce type est Bernhard Carlos Schär, professeur 'Eccellenza' à l'Université de Lausanne, au "Centre d'Histoire Internationale et d'Études Politiques de la Mondialisation".
Une 'Eccellenza-Professur' est un outil de promotion du Fonds national suisse. Pour les chercheurs qui n'ont pas encore de chaire ordinaire, mais qui souhaitent travailler dans ce sens. Pour leur salaire de professeur, ils devraient présenter certains résultats de recherche.
Cela peut-il être révoqué en cas d'inaptitude évidente?
Cette question se pose depuis que plusieurs erreurs majeures ont été prouvées dans le domaine de Schär. Rico Bandle résume dans la NZZ: « Le professeur qui voit du racisme partout ».
Déjà, auparavant, la NZZ avait démontré, sur la base de l'évaluation d'un expert reconnu, que l'expertise de complaisance de Schär pour la présidente de la ville de Zurich, Corine Mauch, contient des erreurs graves. Et a pourtant conduit à la suppression du mot "nègre" sur les maisons de la vieille ville.
L'absurdité de cette expertise se révèle déjà par le fait que les deux "historiens" (Schär l'a rédigée avec la professeure de lycée Ashkira Darman) écrivent le mot central de leur enquête de cette manière: "M****". Pas une blague, mais du ridicule, étalé sur 124 pages:

Bandle: "Les deux inscriptions concernées par l'expertise sont systématiquement écrites 'Zum M*****kopf' et 'Zum M*****tanz'." Ils font cela dans l'espoir "que ces catégories [racistes] deviennent un jour obsolètes", écrivent les auteurs. "Ainsi, ils montrent involontairement combien ils abordaient la question avec des préjugés: si l'on considère ces termes comme si horribles qu'on ne peut même pas les écrire dans un travail scientifique, alors le résultat est fixé dès le départ: les anciennes inscriptions doivent disparaître."
Bandle rappelle que le livre sensationnaliste "Tropenliebe" de l'historien Schär sur les chercheurs bâlois, mécènes et fondateurs Paul et Fritz Sarasin n'était qu'une "caricature". Ainsi, l'ethnologue bâloise Brigitta Hauser-Schäublin a écrit en 2020: "Le démantèlement des Sarasin a causé des dommages à la réputation qui frôlent la diffamation, également en rapport avec les travaux anthropologiques des Sarasin. Malgré l'étrangeté légitimement ressentie aujourd'hui à propos de la mesure des êtres humains, il est intenable de présenter leur travail comme le point de départ historique du racisme nazi."
Pour œuvrer à cela, Schär avait déjà à l'époque travaillé "de manière sélective", omettant les faits importants qui ne correspondaient pas à l'image. Dans son "expertise" sur les inscriptions de « nègre », les deux auteurs ont alors commis des erreurs techniques graves.
Schär ne cache pas sa mission militante: « L'école et l'éducation au 21e siècle ont besoin (...), de plus de postcolonialisme, d'intersectionnalité et de féminisme. »
Or, la science et la recherche consistent aussi en un dialogue, en un débat sur les critiques, en un échange constructif.
Pas ces historiens. La professeure Darman a refusé le dialogue lorsqu'on lui a demandé, elle était occupée ailleurs. Schär partage le même point de vue:
"La NZZ aurait aimé discuter avec Bernhard C. Schär de sa méthode de recherche, de la connexion entre activisme politique et science. Il a refusé. De même, il ne souhaite pas commenter les erreurs présumées dans son expertise, disant qu'il n'a pas encore vu le rapport d'Illi."
Mais il trouve toujours le temps, quand il s'agit de participer à des tables rondes, d'apparaître dans les médias ou de rédiger des "expertises". Comme à l'époque de la Covid, lorsque des experts inconnus auparavant et des spécialistes recherchés ont soudainement émergé, Schär s'est fait un nom dans le domaine politisé du "postcolonialisme".
Schär reste silencieux également lorsqu'on lui demande quel honoraire il a reçu pour son œuvre sur M****. Son collègue Jung n'a vu aucun problème à révéler le sien, puisqu'il est payé avec l'argent des contribuables. Avec Schär, il faut visiblement emprunter d'autres voies pour obtenir une information qui devrait pourtant aller de soi.
Bien sûr, chacun a le droit de chercher ses 15 minutes de célébrité ou plus.
Mais quiconque occupe une pré-professure financée par des fonds publics et s'exprime publiquement de manière aussi peu qualifiée, commet des erreurs techniques, refuse tout débat - ne devrait-on pas reconsidérer sa qualification pour le programme Eccellenza?
René Zeyer est auteur, publiciste et éditeur du portail Zackbum, où ce texte est d'abord apparu.