Miguel Díaz-Canel, premier secrétaire du comité central du Parti communiste de Cuba, a officiellement annoncé vendredi l’ouverture de négociations avec le gouvernement américain en vue d’une détente de la situation. Díaz-Canel a parlé d’un «processus sensible», d’«espaces de compréhension... qui nous permettent d’avancer et de sortir de la confrontation».
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Ce ton conciliant peut être interprété comme une capitulation. Le régime est tout simplement en faillite. Cuba est en état d’exception depuis le début de l’année, lorsque les livraisons de pétrole pratiquement gratuites en provenance du Venezuela et du Mexique ont cessé sous la pression des États-Unis. Le tourisme s’est effondré, la plupart des Cubains n’ont plus que quelques heures d’électricité par jour au mieux. Dans les rues désertes, les ordures s’amoncellent. Certes, Cuba pourrait théoriquement couvrir un tiers de ses besoins en pétrole grâce à ses propres ressources, mais l’infrastructure est irrémédiablement délabrée après 65 ans de socialisme.
Parallèlement, le régime a annoncé la libération de 51 détenus. Aucun nom n’ayant été rendu public, on ne sait pas s’ils font partie des quelque 1200 prisonniers politiques que compterait l’île, lesquels n’existent toutefois pas officiellement. La coïncidence temporelle de cette annonce ne peut cependant guère être interprétée autrement que comme un signe de bonne volonté à l’adresse des États-Unis.
Comme il a filtré de nombreuses sources, il existe depuis la mi-janvier des contacts informels entre le secrétaire d’État américain Marco Rubio et les hauts gradés Raúl Guillermo Rodríguez Castro ainsi que Raúl Guillermo Rodríguez Castro. Il s’agit du fils et du petit-neveu de Raúl Castro, qui continue de gouverner en coulisses comme l’éminence grise du régime.
Marco Rubio viserait à Cuba un «regime change» sur le modèle vénézuélien: les représentants du gouvernement qui se soumettent à ses ordres peuvent pour l’instant rester, les autres doivent disparaître. Il s’agit d’abord de remettre l’économie sur pied, la démocratie viendra ensuite. La grande question est: qui sera la Delcy Rodríguez de Cuba?
C’est la même stratégie que Donald Trump poursuit en Iran. Il ne considère pas qu’il soit de son ressort d’enseigner la démocratie et les droits de l’homme aux gouvernements. Son attention se concentre sur les intérêts (légitimes) de sécurité et les intérêts économiques des États-Unis. Ceux qui coopèrent avec lui peuvent compter sur des affaires lucratives – ceux qui s’y opposent risquent l’anéantissement économique. À Cuba et au Venezuela, cette stratégie a jusqu’à présent donné des résultats encourageants. Reste à savoir si elle fonctionnera aussi dans l’État théocratique iranien. La mort en martyr est, du point de vue des mollahs persans, quelque chose de souhaitable – et si tout un peuple doit périr pour cela, c’en est d’autant plus grandiose.