Ce qui relève de la « liberté d'expression » en Allemagne et ce qui est sanctionné reste un jeu de hasard. Le dernier exemple: la comédie autour d'un livre qui critique le service de renseignement allemand.
L'auteur Martin Wagener a été pris dans l'engrenage après publication. Il a été mis en congé de son poste de professeur à l'école fédérale et perçoit son salaire depuis bientôt quatre ans, mais n'a pas le droit de travailler. Son livre, « Kulturkampf um das Volk », a été mis à l'index.
De plus, l'association des libraires allemands, qui avait versé des subventions pour le livre, a demandé en justice la restitution de son argent. Justification: l'œuvre serait « ennemie de la constitution ».
Cela s'appuyait sur une classification du service de renseignement. Ce dernier avait en effet examiné le livre qui le critique, et il n'est guère surprenant qu'il ait émis un jugement négatif.
La tentative de récupérer les subventions a désormais échoué devant le tribunal de grande instance de Francfort. Celui-ci a statué que le livre de Wagener est certes « critique de la constitution », et même « réactionnaire » et « en grande partie aussi nationaliste de droite », mais pas « ennemi de la constitution ».
Que contient donc d'aussi monstrueux « Kulturkampf um das Volk »? Par exemple, que la politique de l'ex-chancelière Angela Merkel « dans la question migratoire se révélera être un lourd fardeau pour l'avenir ». Et que le service de renseignement peut être instrumentalisé à des fins politiques.
Ironiquement, le fait que le service de renseignement ait classé de telles déclarations comme ennemies de la constitution démontre qu'il fait effectivement de la politique, en essayant de bannir des livres critiques.