Comme le rapporte la NZZ, le Tribunal fédéral esquive la réponse à une question parlementaire. Thomas Matter, conseiller national UDC, voulait savoir si le Tribunal fédéral suisse continuerait de placer la libre circulation des personnes de l'UE au-dessus de la constitution et des lois de la Confédération.
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C'est précisément ce qu'une chambre du Tribunal fédéral a fait en 2015 avec un jugement sensationnel, déviant ainsi de sa pratique antérieure. Elle avait expressément et absolument placé l'accord de libre circulation avec Bruxelles avant la constitution fédérale. Car celle-ci stipule le contraire, depuis qu'une votation mémorable du 8 février 2014 par le peuple et les cantons a décidé que la Suisse gérerait de manière autonome l'immigration.
Une réponse du Tribunal fédéral serait d'une grande importance politique. Si le pouvoir judiciaire suprême de Lausanne admettait qu'il entend continuer à placer les accords internationaux au-dessus du droit adopté par le peuple suisse, les cantons et le Parlement, cela vaudrait aussi pour les futurs accords d'association avec l'UE.
Il serait alors impensable que le vote correspondant n'exige qu'une majorité populaire et non également une majorité des cantons, comme le prévoit le Conseil fédéral. En effet, les nouveaux accords européens approfondissent encore une libre circulation des personnes en principe interdite par la constitution fédérale. Ils représentent ainsi une modification constitutionnelle, qui ne peut de toute façon être adoptée qu'avec une majorité des cantons.
Mais le Tribunal fédéral se dérobe à une réponse et invoque notamment la séparation des pouvoirs. Pourtant, c'est précisément avec cette séparation des pouvoirs que Lausanne joue de manière de plus en plus abusive, s'érigeant en législateur à la place du Parlement et du souverain. Il s'agit d'un coup d'État silencieux et en grande partie secret, auquel aucune institution de notre État de droit démocratique n'a autorisé le Tribunal fédéral.
La NZZ révèle aussi à quel point l'office fédéral de la justice a travaillé superficiellement avec son expertise contre la majorité des cantons. Une journaliste de la SRF a, tout comme le conseiller national Thomas Matter, voulu savoir lors de la conférence de presse s'il ne fallait pas une majorité des cantons, si selon le Tribunal fédéral, les accords avec l'UE priment la constitution. La réaction du conseiller fédéral Ignazio Cassis, du secrétaire d'État Alexandre Fasel et de Michael Schöll de l'office fédéral de la justice a été un silence gênant. Jusqu'à ce que Schöll finisse par avancer hésitant: « Je ne crois pas. »
Si la croyance est le principal guide du directeur des services Michael Schöll, il aurait mieux fait de devenir théologien plutôt que juriste.