L’étrange état dans lequel se trouve le débat politique en Allemagne est apparu hier soir dans l’émission-débat de l’ARD animée par Caren Miosga. L’invité était l’ancien président fédéral Joachim Gauck.
Ce que l’on y voit est perturbant pour les Suisses. On y discute de la démocratie comme s’il s’agissait d’un club fermé pour personnes partageant les mêmes idées. Gauck et ses compagnons semblent comprendre la démocratie avant tout comme une sorte de manifestation de consensus. Selon cette lecture, n’est démocratique que celui qui raconte à peu près la même chose que ce qui, à Berlin, au cours des vingt ou trente dernières années, passait pour la sagesse ultime.
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Mais c’est un malentendu: la véritable démocratie est la concurrence d’idées différentes, et au final, c’est l’électeur qui décide. Dans une démocratie vivante, il ne faut pas sanctionner les opinions indésirables, ne pas les étouffer et certainement pas réclamer l’interdiction de partis, mais il faut tout simplement les réfuter.
Particulièrement révélatrice est la manière dont on gère le succès de l’AfD – par exemple actuellement lors des élections municipales en Hesse. Dans le courant dominant, on interprète ce parti de manière réflexe comme un ferment de division. Du point de vue suisse, une autre évaluation s’impose: les Allemands devraient en fait être fiers qu’une formation politique autochtone ait pu émerger de la base vers le sommet. L’AfD est au fond un produit politique de la réunification, issu de « concerned citizens », de citoyens inquiets, de professeurs et de publicistes. La diaboliser comme un « champignon de la discorde » est une polémique bon marché.
Il est intéressant de voir comment Joachim Gauck est sans cesse mis en avant comme la conscience morale. En tant qu’ancien prédicateur, il sait bien sûr exactement comment utiliser les instruments rhétoriques. Mais cette rhétorique de haut vol passe à côté du peuple – et mène directement à la crise.