Prestation convaincante d’Ignazio Cassis dans l’émission de la SRF «Gredig direkt». Le ministre des Affaires étrangères affirme sans ambiguïté que la Suisse adopte une attitude neutre à l’égard de la guerre en Iran. Cela signifie aussi qu’aucun matériel de guerre n’est actuellement exporté vers les États-Unis. Le Conseil fédéral en a décidé ainsi lors de sa séance de vendredi: «L’exportation de matériel de guerre vers les pays impliqués dans le conflit armé international avec l’Iran ne peut pas être autorisée pendant la durée du conflit.»
Interrogé sur les éventuelles tensions que cette décision pourrait provoquer avec les États-Unis, Cassis a mis en évidence l’essence même de la neutralité. Celle-ci est justement «inconfortable» en temps de guerre, et il faut l’assumer. La neutralité et la position correspondante face aux conflits mondiaux aident la Suisse depuis 180 ans, a déclaré Cassis, «et cela doit continuer ainsi».
En 2022, après l’escalade de la guerre en Ukraine, Cassis et le Conseil fédéral ont manqué de cette clarté en matière de neutralité. Après quelques jours sous l’énorme pression exercée par l’administration Biden de l’époque, le gouvernement suisse a cédé et s’est rallié au régime de sanctions de l’UE contre la Russie. Cette décision a été interprétée tant à Washington qu’à Moscou comme une rupture de neutralité de fait, même si ce fut pour des raisons opposées.
Les proches du doyen de l’UDC Christoph Blocher ont réagi en lançant l’initiative sur la neutralité, dont le Parlement fédéral vient justement de débattre lors de la session de printemps qui vient de s’achever. Cette initiative est rejetée par le Conseil fédéral ainsi que par le Parlement et devrait également rencontrer de grandes difficultés devant le peuple suisse. La votation devrait avoir lieu à l’automne. Néanmoins, l’initiative exerce déjà aujourd’hui son effet disciplinaire. Cassis et le Conseil fédéral auraient involontairement donné du crédit aux initiants s’ils ne s’étaient pas clairement et nettement prononcés en faveur de la neutralité dans la guerre en Iran.
Il reste à voir si la clarté retrouvée au Département fédéral des affaires étrangères perdurera au-delà du mandat de Cassis. Il est à craindre que de futurs ministres des Affaires étrangères ne soient tentés, à moyen terme, d’utiliser un éventuel non du peuple à l’initiative sur la neutralité comme prétexte pour affaiblir la neutralité en tant qu’instrument de politique de sécurité et de politique extérieure. Par exemple par de nouveaux rapprochements avec les grands blocs, avec l’UE et avec l’OTAN.