Le Sonntagszeitung parle d’« ordres »: « L’ONU ordonne à la Suisse de suspendre un arrêt du Tribunal fédéral », titre le journal. Il s’agit d’une fillette handicapée en fauteuil roulant avec une déficience cognitive. Les autorités argoviennes et le Tribunal fédéral disent: oui, la fillette doit aller dans une école spécialisée. Et voilà qu’intervient un quelconque organe de l’ONU – le Comité des droits de l’enfant – qui « ordonne de suspendre l’arrêt du Tribunal fédéral jusqu’à la fin de la procédure ».
Peter Klaunzer/Keystone
La fillette devrait rester dans l’école ordinaire pendant ce temps. Pour les personnes concernées, il est clair que l’arrêt du Tribunal fédéral est ainsi neutralisé, car de telles procédures onusiennes durent des années.
L’affaire est plus qu’une curiosité. Elle est un exemple emblématique d’un droit international devenu dysfonctionnel et peut-être un précédent pour l’affaiblissement de l’indépendance politique et judiciaire de la Suisse. Elle montre aussi qu’on ne peut pas faire confiance au Conseil fédéral en matière de tels traités internationaux.
Cette grave accusation peut être étayée: lors de l’approbation d’un protocole facultatif à la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant, le Conseil fédéral avait déclaré il y a une dizaine d’années que de telles mesures étaient facultatives pour la Suisse. C’est sur cela que s’appuie le Conseil d’État argovien avec la conseillère d’État en charge de l’instruction publique, Martina Bircher (UDC). Mais le ministre de la justice en fonction, Beat Jans (PS), ne veut plus rien savoir de cette facultativité alors affirmée.
L’exigence de l’ONU serait obligatoire et contraignante, affirment désormais les juristes de la Confédération. Peu importe que le Conseil fédéral ait soutenu le contraire lors de l’introduction de la convention et du protocole facultatif. Ce qui est déterminant, c’est « la pratique désormais concrétisée du Comité de l’ONU ».
Le ministre de la justice Jans l’a confirmé en réponse à une question du conseiller national Mauro Tuena (UDC). En reconnaissant le Comité de l’ONU, la Suisse se serait engagée à « se conformer de bonne foi » à de telles mesures. C’est pourquoi la Suisse doit « en principe les mettre en œuvre ».
C’est ainsi que cela se passe pour de nombreux traités de droit international. D’abord, les autorités soulignent que tout est totalement non contraignant et que la Suisse reste bien entendu libre et souveraine – pour ensuite faire un pied de nez aux citoyens et leur dire qu’en fin de compte, tout est différent.
L’affaire est toutefois d’autant plus marquante qu’un quelconque comité de l’ONU, qui n’est même pas une cour internationale, est censé se placer au‑dessus du Tribunal fédéral. Et parce que le système éducatif en Suisse est organisé de manière fédéraliste.
Le simple bon sens pratique du quotidien suggère déjà que les enseignants concernés, l’école concernée, la commune concernée, le canton concerné savent bien mieux ce qu’il en est qu’un quelconque comité étranger à l’autre bout de la planète.