On ne le répétera jamais assez: Jacques Baud n'a jamais été condamné, jamais inculpé, même pas entendu. Le Conseil européen a décidé, après une délibération secrète, que Baud ne pouvait plus voyager, que tous ses avoirs devaient être gelés. Quiconque traite des affaires avec lui — en lui louant un appartement par exemple ou en contractant une assurance maladie avec lui — se rend coupable. Unique justification: Il aurait soutenu la thèse selon laquelle l'Ukraine aurait provoqué délibérément la guerre avec la Russie pour ainsi entrer dans l'OTAN.
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Et parce qu'il ne s'agit pas d'un jugement judiciaire du Conseil de l'UE, il n'existe aucun recours contre cet ukase. Tout immigré illégal d'Afrique a plus de droits que Baud. Kafka salue.
Tout cela est-il simplement un malentendu, l'erreur d'un fonctionnaire surenthousiaste à Bruxelles? La déclaration du gouvernement allemand laisse supposer qu'un exemple délibéré a été établi ici: Nous sommes en guerre contre la Russie, quiconque remet en question le narratif officiel doit s'attendre à la destruction de ses moyens d'existence. L'opposition est futile.
La restriction de la liberté d'expression et d'opinion n'est pas non plus nouvelle. Elle a déjà été exercée lors du battage médiatique autour du coronavirus et doit désormais être institutionnalisée par le contrôle systématique des médias sociaux. « Protection de la population contre la désinformation et la propagande » est la clé. Mais bien sûr. Chaque censeur ne veut que le meilleur pour le peuple ignorant qu'il faut protéger des fausses nouvelles. Cela a toujours été ainsi.
Comment est-il possible que l'Europe — le berceau de la Renaissance, de l'Éclairage, de la Démocratie, de la Liberté, de l'État de droit — trahisse ses valeurs les plus profondes de manière aussi flagrante?
Le problème réside dans une UE qui s'est transformée d'une union multinationale prometteuse de paix, d'économie et de valeurs en un colosse pseudo-étatique contrôlé par des bureaucrates, qui rappelle de plus en plus le monstre de Frankenstein. Extérieurement, tout est là, ce qui constitue un organisme, mais il lui manque l'âme. Une créature de laboratoire qui ne sait pas ce qu'elle est et ce qu'elle veut – et qu'on ne sait s'il faut craindre ou plaindre.