Au sein de l’UE, une lutte de pouvoir a éclaté, qui, officiellement, sonne comme « plus de démocratie », mais pourrait en réalité en apporter moins.
Les États de l’UE brandissent la menace d’un recours contre la Commission et le Parlement. Le motif semble technique: un accord-cadre destiné à donner davantage d’influence au Parlement européen. En vérité, il s’agit de la question fondamentale de savoir qui a le dernier mot en Europe: les gouvernements nationaux élus ou une politique supranationale qui se légitime de plus en plus elle-même?
OLIVIER MATTHYS / KEYSTONE
Le Parlement veut imposer d’être « traité sur un pied d’égalité ». Le Conseil, c’est-à-dire les représentants des États membres, renvoie pour sa part aux traités européens. Ceux-ci accordent délibérément plus de poids aux États.
Le contexte: l’UE n’est pas un État fédéral, mais une union d’États. Les uns y voient le statu quo, les autres une phase de transition. La Commission et le Parlement adhèrent à la thèse de la transition et forment désormais une alliance contre les capitales nationales. Officiellement, ils plaident pour plus de transparence, plus de proximité avec les citoyens. En réalité, cela signifie: moins de contrôle par les parlements nationaux.
Le conflit se cristallise autour des accords commerciaux et des négociations internationales. Le Parlement veut intervenir plus tôt, retarder ou bloquer des accords. Cela semble démocratique, mais relève surtout de la lutte de pouvoir. Celui qui décide des accords commerciaux contrôle l’économie, la politique étrangère et les zones d’influence géopolitique. Pas étonnant que les gouvernements deviennent nerveux.
L’eurodéputé allemand Sven Simon qualifie la résistance des États de « réflexes nationaux » et touche ainsi involontairement au cœur du problème. Car les réflexes nationaux ne sont rien d’autre qu’un ancrage démocratique. Nous en avons besoin.
Sans eux, une classe politique reste entre elle, s’éloignant toujours davantage des citoyens – tout en se réclamant de leur volonté supposée. Au bout du compte, on obtient une Union qui paraît plus efficace – mais moins démocratique.