Le commissaire européen à l'industrie Stéphane Séjourné veut à l'avenir contraindre davantage les entreprises à produire en Europe. Ceux qui souhaitent obtenir des fonds publics de Bruxelles – sous forme de subventions ou d'appels d'offres, par exemple – devront en contrepartie produire en Europe. « Chaque fois que des fonds publics européens sont utilisés, ils doivent contribuer à la production européenne et à des emplois de qualité », écrit Séjourné dans une tribune, parue notamment dans le Handelsblatt.
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Concrètement, les entreprises ne devraient bénéficier de soutien étatique que si une part substantielle de leur valeur ajoutée est réalisée en Europe. Les mêmes critères devraient également s'appliquer aux investissements directs étrangers. L'objectif, selon Séjourné, est de créer une « véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques ». Cette annonce se veut une réaction à la politique industrielle d'autres puissances économiques comme les États-Unis, où une stratégie « America First » est poursuivie depuis des années.
L'initiative rencontre une large approbation dans l'industrie. Plus de 1 000 représentants du monde économique et syndical de toute l'Europe ont signé la démarche de Séjourné – parmi eux, le manager de Bosch Markus Heyn, la PDG de Thyssenkrupp Marie Jaroni et le président du comité d'entreprise de Daimler Michael Brecht.
Le sujet prend également de l'ampleur au niveau politique. Lors du sommet extraordinaire de l'UE le 12 février, les chefs d'État et de gouvernement veulent discuter des moyens de renforcer le marché intérieur et de protéger l'industrie européenne contre les dépendances mondiales et les distorsions de concurrence. Le président du Conseil António Costa a demandé « des règles permettant de privilégier l'Europe dans certains secteurs stratégiques » – ainsi qu'une approche systématique pour réduire les risques dans l'économie.