Que faire contre un flot de fake news? Pourquoi les gouvernements occidentaux sont-ils confrontés à une perte de confiance? C’est sur ces questions et d’autres encore que Markus Mäder, secrétaire d’État à la politique de sécurité (SEPOS) au sein du Département de la défense (DDPS) dirigé par Martin Pfister, a probablement échangé la semaine dernière à Londres avec Lord Vernon Coaker, ministre d’État au ministère de la Défense, ainsi qu’avec Jonathan Powell, le conseiller à la sécurité nationale.
Peter Klaunzer/Keystone
Mäder, accompagné de représentants du Groupement Défense, d’Armasuisse et de l’ambassade de Suisse à Londres, a également rencontré sur place des représentants de think tanks proches de l’OTAN, le Royal United Services Institute (RUSI) et l’International Institute for Strategic Studies (IISS).
Les discussions ont porté principalement sur les soi-disant « menaces hybrides » et la « lutte contre les opérations d’influence ». Des mesures potentielles pour la « mise en œuvre » de la stratégie de politique de sécurité ont également été abordées. En Suisse, celle-ci exige à l’avenir de s’attaquer davantage aux prétendues désinformations en provenance de la Russie, de la Chine et d’autres États orientaux.
Ces échanges font dresser l’oreille. Mäder et consorts travaillent-ils à durcir la lutte contre les opinions indésirables également en Suisse? Le secrétaire d’État aura en tout cas pu bénéficier d’un excellent cours pratique de la part des think tanks RUSI et IISS. Les deux organisations, qui se rangent du côté de l’Ukraine et de l’OTAN, sont en effet étroitement impliquées dans la guerre de propagande contre la Russie. Un Senior Fellow du think tank RUSI plaide ouvertement pour la création d’une « National Disinformation Agency » afin de renforcer la « résilience cognitive » de la nation dans la « guerre de l’information » contre la Russie.
On n’en est pas encore là au département de Pfister. Mais les fonctionnaires du DDPS ont des idées similaires. L’autorité a récemment mis en place un groupe de travail interdépartemental contre la désinformation, qui entend combattre les opinions indésirables par des « mesures réactives ». De telles mesures sont déjà répertoriées dans un « document de base sur l’espace informationnel » que le DDPS garde pour l’instant sous clé.
« L’armée suisse dispose actuellement de capacités limitées pour exercer un effet militaire dans l’espace informationnel », indique le département. Le document de base contient une « analyse et des mesures possibles pour combler les lacunes de capacités identifiées ».
Le département de Martin Pfister planche-t-il déjà sur une sorte d’agence nationale de lutte contre les fake news? Dans ce contexte, la coordination étroite avec les think tanks de l’OTAN et les responsables de la sécurité britanniques soulève des questions. Contrairement à l’Angleterre, dont l’armée et les services de renseignement sont fortement impliqués en Ukraine, la Suisse, en tant qu’État neutre, est tenue à la retenue.