La capacité de décision politique de l’Allemagne est de plus en plus façonnée par les procédures européennes. C’est la conclusion à laquelle parviennent deux auteurs de la Berliner Zeitung dans une analyse consacrée au rôle de l’Union européenne pour la politique nationale.
Virginia Mayo/AP Photo/Keystone
Le point de départ est une remarque du chancelier fédéral Friedrich Merz, qui a expliqué dans un podcast que les décisions politiques au niveau européen étaient « laborieuses ». Avec 27 États membres et une Commission européenne agissant de manière autonome, il en résulte des processus de coordination complexes qui peuvent considérablement ralentir les projets politiques nationaux.
Ce déplacement du pouvoir de décision est particulièrement visible dans la politique migratoire. Avec la réforme du régime d’asile européen commun, des procédures uniformes s’appliqueront désormais dans toute l’UE, depuis le franchissement de la frontière jusqu’à la décision sur les demandes d’asile. Ainsi, les décisions centrales concernant l’entrée et l’enregistrement sont de plus en plus prises aux frontières extérieures de l’UE et non plus uniquement par les autorités nationales.
L’influence de Bruxelles croît également dans la politique financière et économique. Les États membres doivent soumettre leurs plans budgétaires et de réformes à la Commission européenne, qui les examine sur la base d’analyses de soutenabilité de la dette. Les programmes nationaux d’investissement ne peuvent donc être mis en œuvre que s’ils sont compatibles avec les règles budgétaires européennes.
Un autre exemple est la politique industrielle. L’interdiction à l’échelle de l’UE des voitures neuves à moteur à combustion à partir de 2035 a été décidée au niveau européen et s’applique de manière contraignante à tous les États membres. Les gouvernements nationaux ne peuvent influencer de telles décisions qu’au travers de majorités européennes. Les critiques y voient un découplage croissant entre la responsabilité politique et le pouvoir de décision effectif entre les gouvernements nationaux et l’UE.
Pour la politique allemande, les auteurs réclament avant tout davantage de sincérité envers les électeurs. « Ce qui est promis au niveau national doit être réalisable au niveau européen; tout le reste n’est que prose d’annonce », critiquent-ils la stratégie de communication actuelle du gouvernement fédéral. Pour retrouver sa capacité d’action, Berlin doit clairement indiquer où les procédures de l’UE freinent et faire avancer des réformes comme les décisions à la majorité qualifiée ou une « adhésion light » pour les nouveaux membres. En fin de compte, il appartient au gouvernement lui-même de façonner activement le laborieux chemin du changement à Bruxelles, au lieu de simplement s’en plaindre: « Celui qui gouverne a le choix ».