Une nouvelle initiative populaire veut rendre les géants de la tech comme Google, Meta et les fournisseurs d’IA plus responsables. Sous le titre «initiative Internet», une large alliance allant de la gauche à la droite – dont fait partie la conseillère nationale UDC Nina Fehr Düsel – réclame des règles plus strictes contre les abus, la fraude et la désinformation. Ce qui est vendu comme une protection de la démocratie risque toutefois de se transformer en machine à censure.
Sabina Bobst / Lunax
L’initiative exige que les plateformes et les systèmes d’IA «analysent les risques et prennent des mesures pour les limiter». Cela semble anodin, mais signifie en réalité: à l’avenir, ce seront des entreprises privées qui décideront de ce qui est considéré comme de la «désinformation» – et donc de quelles opinions resteront visibles. S’agissant de thèmes politiquement sensibles comme la migration, le Covid ou la politique énergétique, cela ouvre grand la porte à une censure idéologique. Qui définit ce qui est faux – l’État, une commission ou les entreprises technologiques elles‑mêmes?
Le fait que des représentantes et représentants de l’UDC participent également surprend. Nina Fehr Düsel met à juste titre en garde contre les contenus pédocriminels et plaide pour la protection des enfants. Mais la direction du Parti populaire suisse se montre sceptique – et ce à juste titre. Car une fois que le mécanisme de la censure est enclenché, il sera difficile de l’arrêter. Le danger pour la liberté d’expression ne vient pas de l’étranger, mais de l’intérieur – de la volonté croissante de faire taire, au nom de la «sécurité», les voix jugées indésirables.
Bien sûr, il faut une protection contre la criminalité sur Internet. Mais la réponse ne doit pas s’appeler contrôle, elle doit s’appeler information, responsabilité individuelle et poursuites pénales conséquentes. Un pays libre n’a pas besoin d’un Internet dirigé par l’État, mais de citoyennes et citoyens responsables qui décident eux‑mêmes de ce qu’ils croient.
La Suisse a renforcé sa démocratie par l’ouverture et le débat – non par les interdictions. Ceux qui vendent aujourd’hui la censure comme une protection mettront demain en danger la liberté qu’ils prétendent défendre.