Le Conseil fédéral souhaite financer l'armée par une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée. À partir de 2028, environ trois milliards de francs supplémentaires devraient être versés chaque année pendant dix ans dans un fonds d'armement. Les consommateurs, le secteur de la construction et le commerce devraient payer. Politiquement, c'est confortable – mais objectivement douteux.
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Officiellement, le Conseil fédéral chiffre les besoins supplémentaires à 31 milliards de francs. Cependant, dans les milieux militaires de haut niveau, on parle de jusqu'à 60 milliards. Environ 40 milliards devraient être consacrés à la modernisation d'une armée de 100'000 soldats plus des réserves, 10 milliards chacun pour les stocks de munitions et les pièces de rechange ainsi que pour la coopération avec le secteur civil. Les priorités sont la défense aérienne basée au sol, la défense contre les drones, la guerre cybernétique et électronique.
Avec les fonds supplémentaires prévus, les dépenses de défense suisse passeraient d'environ 0,7 à environ 1 % du PIB actuel. Cette valeur semble modérée au niveau international. Mais elle masque la dimension réelle: en termes nominaux et par habitant, la Suisse serait en tête mondiale. Déjà en 2024, les dépenses militaires s'élevaient à environ 735 dollars par habitant. D'ici 2029, elles passeraient - au taux de change actuel - à environ 1250 dollars par habitant. Cela placerait la Suisse parmi les 15 pays ayant les dépenses de défense les plus élevées au monde - avant de nombreux États membres de l'OTAN.
Cependant, ce chiffre ne dit rien de l'efficacité, de l'adéquation et du degré de maturité technologique de l'armée. Des dépenses élevées ne garantissent ni puissance de frappe ni état de préparation.
Par ailleurs, les recettes de la taxe sur la valeur ajoutée augmentent déjà fortement. Le plan financier prévoit une augmentation de 15 % d'ici 2029. La majorité de ces fonds est cependant déjà affectée (AVS, caisses-maladie, infrastructures ferroviaires). Étant donné que la taxe sur la valeur ajoutée est ancrée dans la Constitution, un référendum est nécessaire - probablement à l'été 2027, peu avant les élections nationales.
Des critiques acerbes émanent des milieux de l'UDC. Une augmentation de la TVA toucherait les retraités et la population active et serait socialement injuste. Au lieu de cela, il faudrait envisager des alternatives: le remboursement des intérêts négatifs illégalement perçus par la BNS de 11,7 milliards de francs avec un revenu fiscal unique, une taxe de remplacement militaire pour les étrangers, le recouvrement systématique des aides sociales et d'asile ainsi que des obligations de défense à long terme exonérées d'impôts pour les investisseurs étrangers.
Conclusion: La Suisse se dirige vers l'une des armées les plus chères du monde – du moins nominalement. Reste à savoir si elle en sera pour autant plus sûre.