L’OTAN est dos au mur. Le président américain Donald Trump menace de quitter le pacte militaire – pour des raisons compréhensibles. Des États comme l’Italie, la France ou l’Espagne insistent sur le parapluie protecteur des États-Unis, tout en refusant une pleine coopération, par exemple pour l’utilisation de bases militaires communes dans le conflit en cours avec l’Iran. Les bases d’une coopération fiable s’effritent visiblement.
© KEYSTONE / URS FLUEELER
Ou, pour le dire autrement: qui s’embarque, s’enchaîne.
La Suisse peut s’estimer heureuse de ne pas être soumise à de telles épreuves de force. Elle n’est pas membre de l’OTAN. Elle est neutre. Cela signifie: pas de guerres, pas de participation aux conflits, pas de prise de parti. Point.
Et pourtant, c’est précisément là que commence la contradiction.
Car alors que la situation mondiale se tend et que l’OTAN perd de sa cohésion interne, les voix se multiplient aussi en Suisse en faveur d’un rapprochement avec l’alliance. En tête, le ministre de la Défense du Centre, Martin Pfister. Il parle de coopération approfondie, de formation commune, d’une meilleure interopérabilité.
Techniquement, cela sonne sobre. Politiquement, c’est délicat.
Car tout rapprochement – aussi pragmatiquement soit-il justifié – déplace la frontière de ce que l’on entend par neutralité. Qui s’exerce ensemble, planifie. Qui planifie, coordonne. Et qui coordonne ne reste plus simplement à l’écart en cas de crise.
La Suisse évolue ainsi sur une ligne de crête: entre réalisme en matière de sécurité et perte insidieuse d’un principe qui lui a assuré stabilité et crédibilité pendant des décennies.
Précisément à une époque où les alliances vacillent et où les conflits sont déjà une réalité, la question se pose avec d’autant plus d’acuité: est-il judicieux de se rapprocher d’une structure qui est elle-même en proie à des tensions internes?