Il y a des votes où le déroulement est encore plus déroutant que le résultat. La décision du Parlement européen de soumettre désormais l'accord Mercosur à la Cour de justice européenne, et ainsi de le faire échouer, est un tel cas. Les députés verts ont voté avec les représentants des agriculteurs ainsi que les populistes de droite et de gauche pour un retardement de ce projet extérieur actuellement le plus important de l'Union européenne. Il n'y avait derrière aucunement une coalition formelle, pas de deal en coulisses, mais simplement les rapports de force pratiques. Ce n'est que dans cette configuration que l'accord pouvait être momentanément renversé.
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C'est intéressant car dans le débat national en Allemagne, toute intersection même indirecte avec l'AfD est considérée comme une catastrophe morale. À l'échelle européenne, il semble maintenant que cette configuration soit soudainement explicable, relativisable, acceptable. Les voix comptent lorsqu'elles servent son propre objectif. Les murs de feu ne s'appliquent que lorsque c'est nécessaire.
Ce n'est pas un scandale, mais une politique conforme à la réalité. Elle fonctionne par des majorités, pas par une éthique de conviction. Ceux qui pensent pouvoir organiser la réalité parlementaire en permanence selon des zones d'exclusion morale confondent attitude et capacité d'action. Le mur de feu idéologique se révèle être ce qu'il a toujours été: un instrument de politique intérieure. À Bruxelles, il s'effondre doucement parce qu'il n'a jamais pris. À Berlin, il est fortement défendu parce qu'il remplace le débat politique.
La leçon de ce vote est inconfortable mais nécessaire: La démocratie vit de la compétition ouverte des positions, pas de zones d'exclusion morale. Ceux qui veulent façonner doivent supporter des majorités, même si elles ne cadrent pas avec leur propre vision du monde.