Au Parlement européen, une rupture politique taboue s'est produite: pour la première fois, le Parti populaire européen (PPE) a fait passer une loi non pas avec ses partenaires habituels de centre-gauche, mais avec des partis de droite et d'extrême droite comme l'AfD, le parti Fidesz de Viktor Orbán et le Rassemblement National de Marine Le Pen. L'objet du vote était l'assouplissement de la loi sur la chaîne d'approvisionnement, qui obligeait jusqu'à présent les entreprises à respecter des normes environnementales et de droits de l'homme chez leurs fournisseurs dans le monde entier.
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Le libéral français Pascal Canfin a qualifié l'événement de « jour triste pour l'Europe ». Les sociaux-démocrates et les Verts allemands, selon le Tages-Anzeiger, se sont également dits consternés et ont parlé d'une rupture de barrage: le fameux « mur de feu » contre la droite est tombé. Manfred Weber, le chef du PPE, a justifié cette démarche par un manque de volonté de compromis de la part des factions de centre-gauche.
Les équilibres de pouvoir au Parlement européen sont en mouvement. Avec l'ouverture des chrétiens-démocrates aux partis de droite, il devient plus difficile d'organiser des majorités fiables. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ne peut plus compter à l'avenir sur le soutien de l'alliance de centre-gauche.
Cette manœuvre crée également des tensions sur le plan intérieur: le chancelier fédéral Friedrich Merz, qui rejette officiellement toute collaboration avec l'AfD en Allemagne, se retrouve sous pression. Alors qu'il dirige à Berlin une coalition fragile avec les sociaux-démocrates, sa famille politique ouvre désormais la voie à des majorités de droite à Bruxelles. Les observateurs y voient également un danger pour la position d'Ursula von der Leyen, dont la base politique s'affaiblit de plus en plus.