La statique politique à Berlin vacille fortement après les récents résultats électoraux en Rhénanie-Palatinat. Tandis que le SPD lutte avec un recul à 25,9 %, le chancelier Friedrich Merz doit de plus en plus se bemücher de maintenir la stabilité de son gouvernement. Qu’un parti doté d’un électorat de base aussi fidèle que les sociaux-démocrates doive accepter de telles pertes indique que l’action gouvernementale a mis à rude épreuve la patience même des partisans les plus loyaux. Mais la situation se complique aussi pour Merz personnellement: il est hanté par la « malédiction du mauvais motif ». À l’origine, Merz s’était présenté avec la promesse de repositionner la CDU plus à droite afin de couper l’herbe sous le pied de l’AfD. Au lieu de cela, il s’est laissé imposer par la gauche un mur de protection – un motif qui le restreint désormais stratégiquement.
Montage der Weltwoche (Vorlage: Kay Nietfeld/DPA/Keystone)
Le constat est remarquable: dans les cercles de la politique professionnelle, la vision d’ensemble semble s’être perdue au profit du pouvoir partisan et des considérations de proportionnalité. Pourtant, il serait difficile de nier que Friedrich Merz est un homme intelligent, fort de plusieurs décennies d’expérience dans le milieu politique. À la lumière de ce parcours, on pourrait supposer qu’il dispose de l’habileté nécessaire pour analyser la situation avec sang-froid et agir en conséquence. La question qui se pose est celle de la souveraineté politique. Pourquoi le chancelier fédéral manque-t-il de courage pour dire: « Je n’ai pas peur de l’AfD, je travaille avec quiconque soutient ma politique de fond »? Au lieu de cela, l’action de Merz paraît souvent maladroite, presque rigide, tandis qu’il tente de concilier ses ambitions conservatrices avec le mur de protection qu’il s’est lui-même imposé. Cette stratégie d’exclusion semble toutefois produire l’effet inverse et alimenter plutôt que freiner l’ascension de l’opposition.
Se pose alors la question fondamentale de savoir si ce jeu tactique doit être poussé à l’extrême – jusqu’au point où l’AfD obtiendrait éventuellement la majorité absolue, voire formerait un gouvernement. Il faudrait peut-être précisément ce scénario pour désamorcer le climat d’alarme généralisé et constater que le monde ne s’effondre pas, même avec une autre participation gouvernementale. Pour Merz, le défi demeure de traduire enfin son expérience de longue date en un véritable courage politique, avant que le mur de protection ne devienne le socle de son propre échec.