Aphrodite, déesse grecque chargée des départements amour, beauté et désir sensuel, sert aujourd’hui de prétexte à une sorte d’astuce marketing moderne: les « aphrodisiaques » sont ainsi des produits censés augmenter le désir sexuel et/ou prolonger l’endurance lors de sa satisfaction.
© KEYSTONE / GIAN EHRENZELLER
On parle souvent de certaines épices exotiques, du piment ou des huîtres, dans une version plus simple même de la consommation massive d’œufs de poule. Jusqu’ici, tout cela relève du conte de fées – il se peut que la prise de telles substances, parmi lesquelles on compte aussi les parfums, génère un joli effet placebo (jusqu’à 60 pour cent).
Aphrodite, toutefois, aurait gardé ses distances avec de telles théories. La sexualité n’est en effet pas une question de succession de plats; elle repose sur l’interaction de certains messagers chimiques avec la détente physique et hormonelle ainsi qu’une circulation sanguine vigoureuse dans tous (!) les organes.
L’excitation sexuelle est, de façon peu romantique, d’abord une réaction vasculaire: aussi bien l’humidification du vagin par une sécrétion produite par l’organisme que l’érection de l’homme sont les conséquences d’une vasodilatation qui laisse affluer abondamment le sang dans les tissus génitaux. Quiconque veut ménager son corps à cet égard a tout intérêt à consommer des légumes riches en nitrates comme les épinards, la roquette ou la betterave rouge.
La pastèque joue ici aussi un rôle charmant: elle fournit de la citrulline, à partir de laquelle l’organisme peut produire de l’arginine – une matière première pour l’oxyde nitrique, ce relaxant vasculaire sans lequel, en bas, les choses restent souvent peu réjouissantes. L’ail n’est certes pas un parfum d’amour, mais il peut soutenir la fonction vasculaire – risqué pour la romance sur le plan olfactif, mais physiologiquement pas totalement inintéressant. La grenade s’y ajoute: ses polyphénols peuvent soutenir la fonction vasculaire et la disponibilité de l’oxyde nitrique.
Le désir sexuel ne naît pas seulement dans la région médiane du corps, là où nos organes génitaux se font des clins d’œil intéressés, mais aussi dans les étages supérieurs, dans le système de récompense de notre cerveau. Le neurotransmetteur dopamine est un messager qui joue un rôle déterminant dans la récompense, la motivation, la concentration et le contrôle des mouvements – pas une « hormone du bonheur », mais assurément l’une des substances qui donnent envie de plus de vie. Les noix, les graines et les légumineuses fournissent entre autres de la tyrosine, à partir de laquelle l’organisme peut produire de la dopamine; ce n’est toutefois pas un déclencheur immédiat pour la chambre à coucher, mais plutôt une gestion de stock solide pour l’orchestre neuronal. Les bananes et le chocolat noir peuvent néanmoins figurer au menu: davantage pour le plaisir, l’humeur et le rituel que pour un effet aphrodisiaque fiable.
Le reste de l’équilibre hormonal, comme la testostérone ou les œstrogènes, ne se « booste » pas simplement avec des aliments isolés – mais l’organisme a besoin, pour la production hormonale et la fonction thyroïdienne, d’un apport suffisant en énergie, en graisses saines et en micronutriments comme le zinc, l’iode et le sélénium. Plus de cholestérol (précurseur des hormones sexuelles) ne signifie pas automatiquement plus d’hormones sexuelles; le corps n’est pas un convertisseur escalope-en-testostérone. Les poissons de mer gras (oméga-3!), les œufs, l’huile d’olive, les graines de courge et, de manière générale, une alimentation méditerranéenne sont donc plus judicieux que l’espoir d’un big bang érotique sorti du rayon des épices.
Et puis il y a encore le maca, présenté dans un oracle Internet sur deux comme « racine de l’amour »: les données scientifiques ne sont pas totalement inexistantes, mais elles ne sont pas non plus renversantes. Il existe quelques indices d’un désir sexuel légèrement accru ou d’une légère amélioration de la fonction sexuelle, mais cela ne suffit pas encore pour lui conférer le statut d’aphrodisiaque fiable.
L’alcool, enfin, devrait plutôt être rayé que célébré dans la liste des prétendus excitants: il désinhibe certes à court terme, mais détériore physiologiquement souvent précisément ce qui est décisif – excitation, lubrification, érection et capacité orgasmique. Autrement dit: il détend la tête et, malheureusement, ramollit souvent le bassin.
Tout cela relève bien sûr de stratégies à long terme. L’alimentation peut améliorer les conditions biologiques du désir et de la performance – bons vaisseaux, nerfs stables, axes hormonaux fonctionnels –, mais elle ne remplace ni l’affection, ni le sommeil, ni une communication qui fonctionne. Mais le désir érotique est de toute façon plus qu’un simple coup vite fait…
La Dre Yael Adler est dermatologue, spécialiste en nutrition et auteure à succès. Son dernier ouvrage paru: « Génialement nourri! », éditions Droemer Knaur, 416 p., 34,90 CHF.