L'UE a inscrit cette semaine l'ancien officier de renseignement et colonel d'état-major Jacques Baud sur sa liste de sanctions. Bruxelles souhaite interdire à ce citoyen suisse d'entrer dans les pays de l'UE et geler ses comptes. La mesure est justifiée par la diffusion supposée de propagande russe par l'ex-militaire.
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Les réactions de la Suisse officielle sont remarquables. À Berne, il n'y a même pas une once de critique à entendre. « Ce n'est pas à nous de commenter les sanctions de l'UE », déclare le Département fédéral de la défense (VBS) de Martin Pfister. L'autorité se permet même de déclarer qu'elle « n'a rien à voir avec cet homme ». Baud n'a « aucune fonction professionnelle depuis plus de 30 ans pour le service de renseignements de la Confédération ou ses organisations précédentes ».
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Un froid sibérien règne également au Secrétariat d'État à l'économie (SECO) et au Département fédéral des affaires étrangères (EDA). « Les autorités fédérales compétentes prennent note, en principe, de telles décisions », déclarent les deux autorités sans émotion dans une réponse commune. SECO et EDA estiment que les sanctions contre Baud sont des « décisions relevant de l'État de droit ». Ce que fait Bruxelles doit être sérieux, telle est l'opinion.
Le comportement des autorités dans le cas de Jacques Baud est révélateur. Si des États comme la Russie ou la Chine procédaient de manière aussi arbitraire contre un citoyen suisse, le tollé des autorités serait immense. Au Département des affaires étrangères d'Ignazio Cassis, la suppression de la liberté d'expression dans des États régis par des régimes totalitaires hors d'Europe est régulièrement dénoncée. Le VBS de Pfister critique également volontiers les États autoritaires qui intimident les gens. Ainsi dans le dernier rapport sur la stratégie de politique de sécurité.
Lorsque Bruxelles s'en prend brutalement à un Suisse dissident, les critiques s'arrêtent brusquement. « C'est bien que ce propagandiste soit enfin puni! », pensent probablement certains fonctionnaires à Berne. Du moins, c'est l'impression qui peut en ressortir.
Baud est l'auteur de nombreux livres et défend la thèse selon laquelle l'Occident porte une part de responsabilité dans la guerre en Ukraine. L'ex-officier de renseignement est le premier citoyen suisse à qui Bruxelles déclare la guerre économique.