Le gouvernement fédéral n’autorise plus désormais aucune exportation d’armes vers le gouvernement américain. Mais la Suisse n’a apparemment pas complètement cessé ses livraisons aux États‑Unis, qui sont en guerre avec l’Iran. Le Conseil fédéral écrit: « Pour les autorisations existantes, il a été constaté qu’elles ne présentent actuellement aucune pertinence pour la conduite de la guerre, elles peuvent donc continuer à être utilisées. »
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On ne sait pas de quels produits concrets il s’agit. Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO), compétent en la matière, ne répond pas à ces questions. L’autorité ne révèle pas non plus si, et dans quelle mesure, des biens d’armement en provenance de Suisse ont été livrés aux États‑Unis depuis le 28 février 2026. « Nous ne nous prononçons pas sur les procédures en cours », se borne‑t‑elle à déclarer.
Un « groupe d’experts interdépartemental », composé de hauts fonctionnaires du DEFR, du DFAE et du SRC, examinera les exportations et évaluera en permanence s’il existe un « besoin d’agir au regard du droit de la neutralité ».
En d’autres termes: c’est l’opacité maximale en ce qui concerne les demandes américaines. À Berne fédérale, on entend dire que le gouvernement retient des informations essentielles sur ces affaires politiques sensibles.
Pour la Suisse, la question est particulièrement brûlante en raison des négociations douanières avec Washington. À Berne, on ne veut en aucun cas fâcher Trump, puisqu’aucun accord n’a encore pu être conclu.
Entre‑temps, le gouvernement américain a accru la pression sur la Confédération alpine et ouvert deux enquêtes contre Berne. Trump menace la Suisse de sanctions, au motif que notre pays se comporterait de manière « déloyale » à l’égard de Washington. En résumé, la justification est la suivante: les groupes américains subiraient des désavantages en Suisse. L’administration Trump s’appuie pour cela sur le paragraphe 301 de la loi commerciale américaine de 1974, comme l’a déclaré vendredi la porte‑parole du Conseil fédéral, Nicole Lamon.
La décision la plus récente de ne plus accorder, jusqu’à nouvel ordre, de nouvelles autorisations aux États‑Unis mettra‑t‑elle la Suisse en difficulté au regard de l’accord douanier et des exportations d’armement? La Suisse a tout de même livré en 2025 des armes pour environ 90 millions de francs aux États‑Unis.
Le conseiller fédéral Martin Pfister se montre confiant: « Nos partenaires savent que nous devons appliquer le droit de la neutralité. » Il y a une semaine, le Conseil fédéral a qualifié le conflit au Proche‑Orient de guerre et a souligné que le droit de la neutralité s’appliquait aux parties au conflit. Or, début mars encore, le DFAE affirmait que les conditions d’application n’étaient pas remplies.
Sur le plan symbolique, le Conseil fédéral a enfin fait ce qu’il fallait et retrouvé la voie de la neutralité. Mais de nombreuses questions demeurent. Que se passe‑t‑il exactement en coulisses? De telles questions devront sans doute être traitées à l’avenir par les historiens.