En 2025, la ministre des Finances Karin Keller-Sutter voulait savoir du Premier ministre Donald Tusk à Varsovie comment celui-ci évaluait la situation internationale en matière de sécurité. En 2024, l’ancienne cheffe du DDPS Viola Amherd a, pour sa part, discuté dans la capitale polonaise avec le président d’alors, Andrzej Duda, de la «situation sécuritaire en Europe». Au même endroit, l’ex-chef de l’armée Thomas Süssli s’est entretenu en 2024 avec le chef d’état-major Wieslaw Kukula de la «sécurité en Europe de l’Est»; Süssli a également participé au Forum de sécurité de Varsovie en 2024 et 2025.
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Ces jours-ci, Martin Pfister est en visite dans cet État d’Europe de l’Est. Le ministre suisse de la Défense a échangé cette semaine avec Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, le ministre polonais de la Défense, au sujet de la stratégie de défense nationale de Varsovie. En raison de son histoire et de sa situation géographique sur le flanc oriental de l’OTAN, la Pologne se sent menacée par la Russie. Varsovie considère l’Ukraine comme une sorte de dernière ligne de défense contre l’agresseur à l’Est. C’est ce que Kosiniak-Kamysz a clairement fait comprendre cette semaine au chef du DDPS. «Aujourd’hui, j’ai pu expliquer à mon homologue helvétique ce que l’Ukraine accomplit de facto pour l’ensemble de l’Europe et donc aussi pour la sécurité de la Suisse.»
L’évaluation du représentant de l’État polonais peut se comprendre de son point de vue. Il est toutefois préoccupant de constater à quel point Martin Pfister semble s’approprier ces positions et approuver le ministre polonais de la Défense: «La Pologne et la Suisse défendent les valeurs de la gouvernance libérale.» Avec son potentiel de dissuasion, son armée apporte beaucoup à l’UE et à la Suisse.
Berne et Varsovie coopèrent étroitement. L’armée suisse forme des soldats de chars polonais à Thoune. En 2022, les deux États ont conclu un accord sur la protection réciproque des informations classifiées. Cela inclut notamment des informations sur les exercices et opérations militaires ainsi que sur des projets dans le domaine spatial. Ces dernières années, les relations réciproques entre les deux pays se sont intensifiées, comme en témoignent les nombreuses visites d’État.
La question doit être posée ici: Martin Pfister a-t-il toujours bien conscience que la Suisse, en tant qu’État neutre et non-membre de l’OTAN, ne poursuit pas les mêmes intérêts que Varsovie?
Les relations étroites avec Varsovie soulèvent en tout cas des questions. Il est frappant de constater à quelle fréquence les membres du gouvernement suisse se rendent désormais dans ce pays d’Europe de l’Est. Ces visites déteignent de plus en plus sur la politique de sécurité de la Suisse.