On pourrait penser que l’initiative visant à réduire de moitié la redevance médiatique obligatoire serait pour un parti libéral une pure formalité. La situation de départ ne pourrait pas être plus claire.
Du point de vue libéral classique, la maxime est en effet sans équivoque: « Plus de liberté, moins d’État ». Les libéraux examinent un objet de vote en se demandant s’il élargit la liberté individuelle et protège mieux les droits de propriété privés. Si c’est le cas, on vote oui. Si c’est le contraire – si, par exemple, les droits de propriété sont violés par des hausses d’impôts ou si l’autodétermination personnelle est réduite par des prescriptions inutiles – alors la conclusion est: non.
Martial Trezzini/Keystone
Il peut certes exister des objets qui, du point de vue libéral, n’admettent pas une seule réponse correcte, parce que, par exemple, des prélèvements sont réduits tout en introduisant de nouvelles réglementations superflues. Mais l’initiative visant à réduire de moitié la SSR, lancée notamment par le parti jeune libéral – les Jeunes Libéraux-Radicaux –, n’appartient définitivement pas à cette catégorie. Pour tout libéral, elle est d’une clarté éclatante.
L’initiative veut réduire la charge des redevances obligatoires pour les citoyens et les entreprises. Cela crée, d’un point de vue individuel, davantage de marge de manœuvre. Car les contributions obligatoires ainsi économisées peuvent désormais être épargnées ou dépensées à sa guise. Plus de liberté? Check.
Parallèlement, l’influence du détenteur du monopole de la violence, l’État, sur le secteur des médias est réduite. Moins d’État: Check.
Cette influence resterait certes beaucoup trop grande même après un oui à l’initiative. Car, du point de vue libéral, les médias et l’État devraient être strictement séparés, puisque l’État ne garantit pas la liberté et la diversité des médias, mais les détruit – comme le démontre parfaitement l’énorme bouillie uniforme des chaînes financées par la redevance obligatoire.
Le financement obligatoire des médias a plongé la plupart des stations de radio et de télévision en Suisse dans une situation de dépendance. Une dépendance à l’égard d’un seul grand acteur puissant: la politique. Vous connaissez sûrement le dicton: « Tel pain je mange, telle chanson je chante. » Rien ne pourrait mieux décrire le paysage médiatique actuel.
De tels médias dépendants de l’État sont inutiles, car la tâche la plus importante des médias serait de surveiller de près les plus puissants. Et les plus puissants sont, en fin de compte, les détenteurs du monopole de la violence – c’est-à-dire les autorités et les politiciens. Les médias ne peuvent pas remplir cette mission lorsque les acteurs qu’ils sont censés suivre de manière critique peuvent décider du montant de l’argent qui leur sera attribué à l’avenir. C’est d’une évidence telle qu’elle saute aux yeux de tout écolier.
Il en découle que l’acceptation d’un tel objet devrait être totalement incontestée pour un parti libéral – du moins serait-on en droit de le penser.
Le PLR nous enseigne toutefois le contraire: lors de l’assemblée des délégués au niveau national, il y a eu une énorme surprise. Une majorité de 137 opposants a surpassé les 104 partisans présents. En tant qu’observateur extérieur, on ne peut que se frotter les yeux de stupéfaction.
Ce résultat est à peu près aussi absurde que si les sociaux-démocrates plaidaient pour l’abolition de l’État social ou si les Verts se réjouissaient de la construction de quatre nouvelles centrales nucléaires.
Comment expliquer un tel résultat? Il n’y a en fait que deux possibilités. Premièrement: au sein du PLR règne une confusion maximale quant à sa propre boussole, et le parti ne sait même plus ce que signifie le « libéral » dans son nom. On part à la légère du principe que le contraire de libéral serait libéral. Ou deuxièmement: le parti a été infiltré par des étatistes et des socialistes qui ont entre-temps pris la barre.
Dans un cas comme dans l’autre, cela doit faire réfléchir les amis de la liberté.
Olivier Kessler a été président de l’association pour l’abolition de la redevance médiatique obligatoire.