La police de la pensée est à l’œuvre en Allemagne.
À Brême, des agents enquêtent sur Anabel Schunke – l’une des voix libérales-conservatrices les plus en vue du pays, chroniqueuse à succès de la Weltwoche. Jusqu’à ce jour, il n’y a jamais, absolument jamais eu de jugement rendu contre elle.
La police de Brême mène pourtant une enquête au titre de la « PMK – droite », c’est-à-dire de la « criminalité politiquement motivée ». Un préjugement remarquable. Dans un courrier adressé à Schunke, on peut lire: « Conformément au paragraphe 51, alinéa 5, phrase 1 de la loi sur la police de Brême, la police est autorisée, dans les cas où des données existent déjà concernant une personne, à ajouter des indications personnelles nécessaires à la protection de cette personne ou à la protection des agents de police, ou d’autres indications susceptibles de servir à la protection de tiers ou à l’obtention de pistes d’enquête. »
Qu’est-ce que cela signifie concrètement? Quiconque tombe une fois dans le viseur reste enregistré et est désormais considéré comme potentiellement dangereux. Un cercle vicieux dont on ne sort pratiquement plus. Et un jour, la sonnette retentira à la porte?
Selon Schunke, le déclencheur de l’enquête policière est une passe d’armes avec les influenceurs islamistes anti-israéliens « Maestro » et « Aggressionsprobleme » (Serhat Sisik). Après y avoir été traitée de « de droite, nazie et raciste », Schunke a répondu que les musulmans étaient « les véritables nazis de l’ère moderne ». Elle a ajouté: « Vous haïssez les Juifs. Vous haïssez les chrétiens. Vous vous haïssez entre vous. » Après des menaces à son encontre, elle a de nouveau supprimé la publication.
Mais ce ne sont pas les menaces qui font désormais l’objet de l’attention de l’État, c’est la réplique.
Interrogée par les médias, la police ne s’est pas exprimée sur le cas concret. Un porte-parole a simplement déclaré: « La police de Brême ne fournit en principe aucune information publique sur l’enregistrement ou la non‑enregistrement de données concernant des personnes ou des institutions. » Les personnes concernées ont toutefois « en principe le droit d’obtenir, sur demande, des informations sur les données à caractère personnel les concernant traitées par la police de Brême ».
L’État sait donc tout. Le citoyen peut poser des questions. Peut-être obtiendra-t-il une réponse.
L’affaire illustre de manière exemplaire la direction prise par certaines parties de l’appareil de sécurité allemand: on s’éloigne de la poursuite d’infractions concrètes pour aller vers la surveillance d’opinions jugées indésirables. Quiconque s’exprime de manière tranchée risque aujourd’hui non seulement la contradiction, mais aussi l’enregistrement. Non seulement la critique, mais aussi la catégorisation. L’opinion devient un dossier. Et le dossier demeure.
Beau nouveau monde allemand.