Dans quelle mesure les politiciens et l'administration souffrent de la démocratie directe, est le mieux démontré par la politique européenne. On ne pense plus en termes factuels, mais majoritairement sur la façon de franchir l'obstacle du référendum populaire pour la liaison avec l'UE.
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Il fallait d'abord éliminer les cantons récalcitrants. Parce que les cantons de Suisse centrale, orientale et méridionale rejetteraient assurément le projet. Heureusement, pour cette manœuvre douteuse, le département du ministre de la Justice SP Beat Jans et son Office fédéral de la justice étaient volontiers disponibles avec une expertise.
Le reste a été assuré par les gouvernements cantonaux ou leur conférence pro-UE, qui s'était constituée à l'époque uniquement pour des raisons de politique européenne. Et les conseillers aux États se déroberont en invoquant ces mêmes gouvernements cantonaux, lorsqu'ils mettront également de côté la majorité des cantons.
Ni les membres des conseils exécutifs ni ceux du Conseil des États ne réfléchissent aux conséquences: la question de l'utilité des cantons se posera alors. A-t-on vraiment besoin de 27 directeurs de la santé bien payés? Et à quoi servent réellement 27 responsables de l'éducation? Le Conseil des États deviendra alors de toute façon superflu.
Pour ne pas rater le futur référendum européen, chaque subterfuge, chaque tricherie semble permise. Alors que le Conseil fédéral avait encore récemment salué l'approche en paquet comme un ensemble cohérent, il semble maintenant que ce paquet sera peut-être à nouveau décomposé.
À Berne, on envisage de retirer au moins l'accord sur l'électricité, contesté, du paquet. En effet, il apparaît que l'opposition devient si puissante qu'elle pourrait faire s'effondrer l'ensemble de l'accord. Les syndicats, les cantons de montagne, les politiciens du centre, et même les barons de l'électricité se plaignent et voient principalement des inconvénients.
C'est une raison suffisante pour la classe politique de Berne de diviser le paquet en quatre sous-paquets autant que possible. A l'origine, on déclarait l'accord sur l'électricité indispensable pour la Suisse, voire la raison de la liaison à l'UE, mais maintenant on souhaite le placer en dernier. En plus du bloc institutionnel, on souhaite présenter séparément au peuple l'électricité, la santé et la sécurité alimentaire.
Cela a par ailleurs l'avantage pratique de contraindre le SVP méprisé à beaucoup de travail et de coûts supplémentaires. En effet, il devrait non seulement mener un, mais quatre référendums et récolter non pas 50'000, mais 200'000 signatures pour les quatre propositions.