Le soulèvement iranien n'échoue pas par manque de courage ou par manque d'ampleur des protestations, mais à cause de la supériorité technologique du régime. Les technologies de surveillance chinoises lui permettent de détecter la résistance dès ses débuts, de la réprimer efficacement et d'espionner chaque citoyen. La nouveauté réside moins dans la brutalité que dans la rapidité avec laquelle la dynamique de résistance est étouffée. Des rencontres régulières entre le chef de la police iranienne Ahmad-Reza Radan et le ministre de la sécurité chinois Wang Xiaohong montrent combien les ayatollahs sont désireux d'apprendre du poids lourd de l'industrie. Leur dernière réunion a eu lieu en décembre, quelques semaines avant le déclenchement des manifestations.
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Le régime a mis en place un système de contrôle exhaustif. Les systèmes de surveillance sont ainsi partie intégrante des normes de construction nationales. Ils s'appliquent aux villes, aux complexes résidentiels ainsi qu'aux immeubles de bureaux et commerciaux de quatre unités ou plus. En avril, la police a publié un nouveau document stratégique: il prévoit la connexion des caméras urbaines, le développement de la reconnaissance faciale, la collecte extensive de plaques d'immatriculation, des systèmes de surveillance mobiles et l'échange de milliards de données avec des institutions étatiques et privées. De plus, toutes les forces de l'ordre portent des caméras corporelles activées lors des manifestations. Les écoles sont également surveillées par des caméras.
La répression numérique a un double effet: préventif, car la peur de l'identification paralyse, et rétrospectif, car les arrestations n'ont plus besoin d'avoir lieu dans le tumulte. Quiconque était visible brièvement dans la rue peut être emmené chez lui plusieurs jours ou semaines plus tard.
Le rôle de la Chine ne se limite pas à la technologie. Depuis 2015, l'université de Sécurité publique populaire de Chine, l'académie centrale de police du pays, est un centre de formation pour les officiers de police iraniens. C'est là que s'effectue le transfert ciblé des doctrines de sécurité répressives et des technologies de surveillance. En 2018, l'université nationale de police d'Iran a signé un accord pour institutionnaliser l'échange et la formation. Les diplômés des cours, pour la plupart officiers des Gardiens de la révolution, participent là-bas à des jeux de rôle. À leur retour, ils sont souvent rapidement promus et poussent à l'acquisition de la technologie chinoise nécessaire.
Le gain de la Chine ne réside pas seulement dans la vente de technologies. Les technologies de surveillance ont permis à la République populaire de tester son efficacité dans la répression des manifestations. L'Iran devient une vitrine pour démontrer comment les troubles peuvent être réprimés sans déployer de chars. Cela reste brutal – mais de manière plus moderne, plus rapide, plus systématique. Et tant que les causes de la révolte perdurent, le régime de Téhéran n'a qu'une option: recourir à l'arsenal chinois.