En tant qu'Allemande en Suisse, une chose me frappe avant tout: la politique peut fonctionner sans avoir besoin de s'expliquer en permanence. Les décisions sont prises ici, non commentées.
Pour ceux qui viennent d'un environnement politique où le débat est souvent plus important que le résultat, cette différence est immédiatement perceptible. En Suisse, on met en œuvre d'abord et on explique ensuite. La raison économique prime sur le symbolisme, la durabilité à long terme sur les signaux à court terme.
Tatiana Huber
L'Allemagne, quant à elle, vit encore de la substance créée au cours des décennies précédentes. La grande vache à lait, en premier lieu l'industrie automobile, continue d'être exploitée, tandis qu'on débat politiquement si ce modèle correspond encore à l'image souhaitée pour l'avenir.
En Suisse, on a une relation plus détendue avec les vaches. Elles ne sont pas considérées comme un problème, mais comme une responsabilité. On sait qu'il faut les entretenir si on veut qu'elles portent leurs fruits. La création de valeur n'est pas rééduquée ici, mais préservée. Cela explique peut-être pourquoi les décisions économiques sont moins émotionnelles et durent plus longtemps.
Politiquement aussi, la Suisse semble être agréablement tranquille. Ici, on explique moins et on décide plus. La démocratie directe n'est pas une grande promesse, mais un quotidien. Le citoyen peut voter, se tromper et assumer les conséquences.
Ce concept est souvent perçu comme risqué en Allemagne. Pourtant, c'est avant tout une chose: cohérent. La confiance en Suisse n'est pas un mot à la mode, mais une partie du système. Ce qui est souvent perçu comme une lenteur suisse se révèle, à y regarder de plus près, être un soin.
Les décisions n'ont pas besoin de briller moralement ici, mais de fonctionner. Le consensus remplace l'indignation, la responsabilité prend la place des leçons. On argumente de manière factuelle, on s'accorde sobrement et ensuite, on prend un café ensemble. Peu importe qu'on soit de droite ou de gauche.
Je l'admets: j'ai dû m'habituer au fait que personne ici ne veut constamment avoir raison. On discute, on décide et on avance. Sans applaudissements finaux, sans temps d'antenne.
C'est peut-être là le modèle de réussite suisse: la politique comme un artisanat, pas comme une mise en scène. Pendant qu'on débat encore en Allemagne de l'avenir de la vache à lait, la vache suisse est déjà dans le pré, bien nourrie, soignée et étonnamment productive. Imperturbable, fiable et justement pour cela si intelligente.