Lorsque les politiciens fédéraux du gouvernement et du Parlement prononcent le mot « solidarité », la méfiance est le premier devoir du citoyen. C’est ce qui s’est passé par exemple en 1997, lorsque le président de la Confédération de l’époque, Arnold Koller (PDC), a annoncé, sous la pression des États-Unis à propos des avoirs en déshérence, la création d’une « fondation de solidarité » destinée à des versements dans le monde entier. Heureusement, ce projet, qui aurait rendu la Suisse vulnérable au chantage année après année, a été coulé par le peuple dans les urnes.
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Plus récemment, le Conseil fédéral, avec le soutien des deux Chambres, a accordé une « contribution de solidarité » forfaitaire et inconditionnelle de 50 000 francs à chacune des victimes de la catastrophe incendiaire de Crans-Montana. Il n’existait au départ aucun projet de loi à ce sujet, car, du point de vue fédéraliste, il s’agit d’une aberration. L’unique autorité compétente pour un tel geste aurait été, en l’occurrence, le canton du Valais.
À Berne, on a justifié cette démarche « non bureaucratique » par le caractère tout à fait exceptionnel de l’accident, mais, au fond, on pensait à la pression internationale, surtout en provenance d’Italie. Ce geste a toutefois été de peu d’utilité: l’ambassadeur d’Italie reste rappelé. Il s’agissait tout au plus d’un signe d’aveu de culpabilité.
Comme le commente à juste titre la NZZ, cette pluie d’argent sur le Valais constitue une opération particulièrement problématique. Car, au sens de l’article 8 de la Constitution fédérale (« Tous les êtres humains sont égaux devant la loi »), toutes les victimes de catastrophes ou d’accidents non fautifs, ou leurs proches, peuvent désormais, en principe, exiger 50 000 francs de « contribution de solidarité ». En bref: ce qui revient aux personnes touchées par Crans-Montana devrait en principe revenir aussi aux victimes de l’incendie lors de l’accident de car de Kerzers.
Il est bien possible que, après le canton du Valais, le Palais fédéral tende maintenant aussi la main au canton de Fribourg. Si, par exemple, les conseillers aux États du canton de Zurich étaient des représentants convaincants de leur canton, ils auraient déjà dû prononcer, lors du débat sur l’argent pour Crans-Montana, le discours suivant: « Chères collègues, chers collègues, nous comprenons bien votre émotion et le fait que vous souhaitiez aider rapidement et sans bureaucratie les victimes. Mais posez un instant la main sur le cœur et répondez pour vous-mêmes, honnêtement et sincèrement, à la question suivante: seriez-vous également prêts à verser 50 000 francs par victime si la catastrophe incendiaire ne s’était pas produite en Valais, mais dans le canton de Zurich? »