Onze mois se sont écoulés depuis que, le 28 avril 2025 à la mi-journée, l’électricité a été coupée sur toute la péninsule Ibérique. Il s’agissait du plus grave black-out en Europe depuis vingt ans. Il a fallu plus de 16 heures pour que le réseau soit entièrement rétabli en Espagne.
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L’association des gestionnaires de réseaux européens ENTSO-E a désormais présenté son rapport final sur le black-out. La conclusion laisse d’abord perplexe: il n’y a pas de responsable unique pour ce désastre, il s’agit d’une combinaison de nombreux facteurs, dont certains restent encore inexpliqués. La surabondance d’électricité éolienne et solaire n’aurait pas été le déclencheur direct.
Cela peut être sémantiquement et politiquement correct. Mais le contenu du rapport donne une autre image, qui met en évidence la grande faiblesse des installations solaires et éoliennes: en raison de caractéristiques physiques propres, elles n’ont pas été en mesure de stabiliser le réseau lorsque sont apparues des fluctuations de tension et de fréquence, comme il peut toujours s’en produire. Et cela a eu des effets fatals dans un contexte de part exceptionnellement élevée de 71 pour cent d’électricité éolienne et solaire au moment critique.
- Une demi-heure avant le black-out, deux fortes déviations de fréquence provoquées par des onduleurs ont été enregistrées sur le réseau espagnol. Les onduleurs sont utilisés pour convertir le courant continu des installations éoliennes et solaires en courant alternatif.
- Le gestionnaire de réseau espagnol a immédiatement résolu le problème par une série de mesures. Il a notamment réduit les exportations d’électricité vers la France, ce qui a permis de stabiliser temporairement la fréquence.
- Cependant, ces mesures ont conduit à une surabondance d’énergie. Entre 12 h 32 et 12 h 33, une forte hausse de la tension a provoqué l’arrêt automatique de petites installations solaires réparties dans toute l’Espagne. Peu après, de plus grandes installations éoliennes et solaires ainsi que des réacteurs conventionnels ont également été déconnectés du réseau afin d’éviter une surcharge.
- Comme les ménages équipés de toitures solaires ont soudain eu besoin d’électricité au lieu d’en fournir, la demande, et donc la charge nette, a brusquement augmenté à nouveau. De plus, la puissance réactive dite « Blindleistung » s’est retrouvée déséquilibrée.
- Grâce aux réserves momentanées des générateurs en rotation, les centrales conventionnelles peuvent compenser à court terme les fluctuations de fréquence et en particulier la puissance réactive. Les installations éoliennes et solaires ne disposent pas de cette propriété. Mais les 24 pour cent d’électricité provenant des réacteurs conventionnels n’ont pas suffi à compenser le déséquilibre de fréquence et de puissance réactive. Il en est résulté un black-out.
Même si le black-out ibérique ne peut pas être attribué uniquement aux installations éoliennes et solaires, il met néanmoins en lumière la grande faiblesse de ces sources d’énergie. Le problème n’est pas d’ordre technologique, mais physique: ces installations sont difficiles à réguler et sont livrées, pour le meilleur et pour le pire, aux caprices de la nature. Plus la part de vent et de soleil est élevée, plus il devient difficile et coûteux de maintenir la stabilité d’un réseau électrique.